Les dinosaures auront bientôt leur musée à Ouarzazate

Plusieurs musées seront bientôt ouverts à Ouarzazate dans le cadre d’un nouveau plan culturel et touristique. Ce premier musée s’inscrit, entre autres, dans la protection et la valorisation des fossiles découverts sur les lieux qui datent d’environ 180 millions d’années. Nous avions déjà consacré un article au plus vieux dinosaure du monde qui dort toujours à Ouarzazate et mérite son musée.

Tout a commencé dans la vallée d’Iminoulaoune à quelques kilomètres de Ouarzazate, quand un paysan du Haut Atlas découvrit des ossements géants et très anciens. Il aura fallu pas moins de quatre ans pour reconstituer ce mastodonte, considéré comme le plus vieux dinosaure du monde. La paélontologue Najat Aquesbi, présente sur le terrain, estima qu’il s’agissait là d’une découverte d’exception. Des confrères étrangers furent alors appelés en renfort. Parmi eux, le Français Philippe Taquet. C’est ainsi qu’à Tazouda, durant quatre années, les experts travaillèrent d’arrache-pied pour extraire l’énorme bête de son linceul d’argile.
D’abord, apparut un fémur gigantesque, puis un crâne, des vertèbres… jusqu’à la reconstitution complète d’un incroyable mastodonte de neuf mètres de long et pesant entre quatre et cinq tonnes. Grâce à la découverte de l’une de ses mandibules, les scientifiques l’ont reconnu comme le plus ancien dinosaure retrouvé à ce jour. Tazoudasaurus – ainsi nommé d’après le lieu de sa découverte – serait l’ancêtre des diplodocus, ces « jeunots » de 140 millions d’années. Ce géant représente désormais l’unique témoin retrouvé du temps où l’océan Atlantique n’existait pas encore et où Afrique et Amérique ne faisaient qu’un. Le découvrir ainsi fut une aubaine pour les habitants de la vallée dont la survie dépend essentiellement de productions agricoles aléatoires et de maigres troupeaux. Dans ces magnifiques paysages sauvages de montagnes, vit une population du désert depuis des centaines d’années. Les habitants connaissent depuis longtemps ces mastodontes de la préhistoire qui ont imprimé sur de grandes dalles ocre rouge les traces de leurs pas. Plus de trois cent cinquante de ces incroyables vestiges ont déjà été répertoriés. Une manne bienvenue pour les populations sur place dont les conditions de vie sont difficiles.
Où rencontrer ces monstres du passé

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Pour cheminer sur les traces de ces dinosaures mythiques, c’est à Erfoud qu’il faut aller. Cette ville avant le désert, accueille les voyageurs fascinés par ces témoins d’avant la civilisation. A Erfoud, les carrières de calcaire fourmillent de fossiles parfois vieux de plusieurs centaines de millions d’années. Les ossements de dinosaures se ramassent à la pelle, hélas peu protégés par l’Etat. Mais, en attendant une nouvelle prise en charge, ils représentent une source de revenus pour les tribus sédentarisées de la région. Un musée était également prévu par les Pouvoirs Publics, mais, hélas, les travaux dans ce sens n’ont toujours pas été réalisés. C’est donc autour d’Erfoud que du matin au soir, des hommes munis de pelles et de pioches s’activent pour extirper ces précieux vestiges enfouis dans la roche. Des artisans se chargent ensuite de « nettoyer », sculpter et polir les fossiles en prenant garde de ne pas les endommager car ils sont destinés à la vente. « Les touristes, et surtout les professionnels étrangers qui viennent chercher ici des pièces de collection sont très exigeants et ne veulent pas se faire avoir », remarque Sofiane Iken, 26 ans, qui travaille comme guide à Ouarzazate.
L’exploitation illégale des vestiges préhistoriques
Sur le plan légal, rien n’est parfaitement clair. Il existe bien un arrêté ministériel datant de 1994 qui fixe la liste des marchandises faisant l’objet de restrictions à l’exportation, comme ceux « présentant un intérêt paléontologique ». Mais cette restriction est facilement contournée par les réseaux de trafic. Et si les autorités ne répriment pas les faits, c’est sans doute parce qu’elles savent, malgré l’absence de chiffres officiels, qu’une grande majorité des habitants du Grand Sud marocain assurent leur subsistance par la seule exploitation des vestiges enfouis dans le sable. « Je n’ai jamais entendu dire que la police ait opéré le moindre coup de filet dans ce milieu, encore moins vu des accusés comparaître devant la justice », confie Ahmed Zoubaïr, journaliste au Canard libéré, un hebdomadaire satirique marocain. Certains fossiles voyagent donc parfois avec des factures en bonne et due forme mais, la plupart du temps, ils sortent du Maroc de façon informelle, cachés dans le coffre de véhicules. Erfoud compte de nombreux ateliers qui abritent des pièces rares. Les plus anciennes datent de 400 millions d’années. Un réseau informel agit depuis de nombreuses années. Il est constitué de connaisseurs, de professionnels, de collectionneurs et même de musées internationaux. Conséquence de ce « flou » quant à leur protection, une grande partie de ces trésors se retrouvent dans des musées en Europe et en Amérique du Nord. Voire dans des ventes aux enchères : le squelette quasi complet d’un plésiosaure a ainsi ressurgi en 2017 à l’hôtel Drouot, à Paris. L’opération a été annulée sous la pression d’associations marocaines de défense du patrimoine archéologique. Le Maroc a pu récupérer son dinosaure. Il est clair que le Jurassic Park marocain se fait attendre. Les dinosaures qui ont des millions d’années au compteur, patienteront bien encore un peu pour voir naître le DinoAtlas, un véritable musée qui leur serait enfin dédié.
V.M.A

