« Je préfère l’intuition aux longues explications. » Malek Belarbi

Le célèbre chanteur franco-marocain prépare son retour. Un grand concert intitulé « Seul en scène. » Le 10 avril 2026 au Studio des Arts Vivants à Casablanca.
Rien à faire, c’est un poète. Il ne fait même pas exprès. Un discours fluide, cohérent. Et pourtant la désagréable impression que plus il parle, moins il en dit. Malek chante l’amour, la radinerie, les sorcières, les enfants des rues, et plein d’autres choses, mais sur lui-même c’est quasiment secret. Férocement pudique, ce faux extraverti qui nous balade sans problème au gré de ses joyeux non-dits, faisant semblant de nous répondre du fond du cœur. Il nous piège bien sûr. Nous l’avons interviewé il y a quelques années et découvert un homme nocturne, dont le soleil intérieur est peut-être si aveuglant qu’il a bien le droit de le dissimuler.
Malek, un petit signe particulier ?
L’impatience.
Tu veux décider de tout ?
Oui, mais je vais mieux. En vieillissant, on s’améliore. Quand tu vas trop vite, tu arrives tout le temps avant tout le monde.
Avant qui es-tu arrivé ?
Je vais plus vite que la musique. Là, j’ai appris la patience, un petit pas vers la sagesse. Je laisse faire le temps sans pour autant me laisser porter. Ce n’est pas dans mon caractère.
C’est quoi ton caractère ?
Celui d’un anxieux rarement satisfait, qui obtient un semblant de sérénité en se forçant à aller au bout des choses. Je sais pourtant que la sérénité est également un leurre. Une espèce d’état de grâce où les choses ne nous atteignent plus.
Mais, ça c’est la mort…
Ah, tu crois ? Non, c’est l’inverse de la mort. J’ai écrit une chanson qui dit : « Donnez-moi la mort sans m’enlever la vie. » La tranquillité de la mort sans la mort… M is c’est sinistre ce qu’on est en train de dire là !
Pas grave. Qu’est ce qui te réjouit ?
Les gens que l’on rencontre quand on fait le métier que l’on aime. Et je fais un beau métier. Le spectacle de la Nature me fait plaisir aussi, mais pas trop longtemps. Comme tous les anxieux, la nature finit par m’énerver.
A quoi fonctionnes-tu ?
Au doute comme d’autres aux drogues. Tant que l’anxiété est un moteur, ça va. Il ne faut pas se laisser dépasser. C’est un peu comme la rouille qui ne se développe que sur les choses inertes. Le mouvement, l’action, sont une thérapie permanente. Les artistes gèrent ça en permanence. (Il éclate de rire) A cause de toi, je ne vais pas vendre un seul album ! Pour en finir avec l’anxiété, je pense que ce sont les comiques les plus atteints. Ils contrebalancent par le rire. C’est un mécanisme classique.
Tu es tombé tout petit dans la musique ?
Pas tellement. Ça s’est passé après deux révélations, Rimbaud et Baudelaire. J’étais un adolescent et je n’imaginais pas que les mots puissent avoir une telle puissance d’émotion. Puis, autre « gifle » : Bob Dylan. Une passion qui ne s’est jamais démentie. J’ai commencé à écrire des chansons vers l’âge de seize ans. Et finalement, les choses se sont faites d’elles-mêmes. D’abord des études à Montpellier, une orientation à l’opposé de ce que j’aimais dans la vie. Puis, à l’université j’ai rencontré deux musiciens qui m’ont appris beaucoup de choses. A cette époque, j’écrivais tout le temps. J’ai eu l’opportunité d’enregistrer deux 45 tours qui ont plutôt bien marché à l’époque en France, mais aussi au Maroc, où la radio 2M le diffusait souvent. J’ai alors mené une double carrière à Paris et ici. Fin des années 80, je suis rentré chez moi.
C’est où chez toi ?
Ici.
Tu es issu de couple mixte. Comment vit-on cette double identité ?
Comme on peut. C’est un sujet souvent abordé par des gens non concernés. Je lis souvent là-dessus de consternantes imbécilités. Appartenir à deux cultures, créé forcément une différence avec les tensions que cela peut provoquer. Aujourd’hui, je me sens davantage comme un Marocain de mère Française.
Faut-il choisir ?
Non, il n’y a rien à choisir. Un enfant de père Africain et de mère Suédoise, il est métis. C’est ce que j’appelle la troisième voie. La double appartenance est une réalité. Ce n’est ni bien, ni mal, juste différent.
Ça donne de grands avantages, non ?
Oui, des avantages non négligeables. Je connais à fond les deux cultures, elles s’affrontent parfois en moi. Il peut m’arriver de dire « Je suis assez Français pour comprendre, mais trop Marocain pour accepter ! » Ces deux cultures sont différentes mais pas incompatibles.
Parlons des femmes…
Vaste sujet, je suis quelqu’un de très pudique. Il m’est difficile de parler de la sphère intime.Je ne suis ni excentrique, ni exhibitionniste.
Avec quel type de femmes peux-tu t’entendre ?
Avec celles qui savent que la poésie, c’est toujours ce qui reste à dire. Qui comprennent que le meilleur, c’est le moment du silence.
Ah, tu n’aimes pas les bavardes !
Quel raccourci ! Disons que je préfère l’intuition aux longues explications.
Le vice pour lequel tu as le plus de sympathie ?
L’excès de faiblesse.
Et la vertu pour laquelle tu as le plus de mépris ?
Pour la fausse sagesse des donneurs de leçons. Je pense à une phrase de Rousseau : « je préfère être un homme à paradoxe qu’un homme à préjugés. » Les juges attendent tranquillement que les autres se plantent. Les donneurs de leçons ne se plantent jamais, car ils ne font rien. Leur mot d’ordre c’est : « À votre place… » Moi, j’aime les gens qui se cassent la figure. C’est la preuve qu’ils ont essayé Les autres mourront dans leur lit…
Ah bon ? Où vaut-il mieux mourir ?
À la rigueur ne pas mourir du tout !
V.M.A

