Nawal El Moutawakel « J’ai couru chaque course comme si ma vie était en jeu. »

Nawal El Moutawakel « J’ai couru chaque course comme si ma vie était en jeu. »

Elle est l’une des icônes du sport marocain. Première femme arabe, africaine et musulmane à remporter une médaille d’or olympique (400m haies, Los Angeles 1984), elle est une figure majeure du sport international, occupant des rôles prestigieux comme celui de vice-présidente du Comité International Olympique (CIO)et d’ancienne ministre de la Jeunesse et des Sports au Maroc, dédiée à promouvoir le sport et l’égalité des genres. Une femme qui a marqué l’Histoire.

Nous avons rencontré il y a quelques années Nawal El Moutawakel au Hyatt Regency de Casablanca. Une grande championne d’à peine 1,60m. Plutôt modeste, elle avait accepté de revenir sur son parcours, même si elle n’aime pas trop les compliments. Dans cette interview, elle raconte avec simplicité le parcours du combattant qui a conduit cette petite fille qui courait pieds-nus, à gravir la plus haute marche du podium. Un conte de fée moderne ? Non, juste l’une de ces histoires dont la vie est friande et qui couronne sans se tromper certains êtres exceptionnels.

Toute petite, vous visiez les sommets ?
J’ai grandi dans une famille sportive. Mon père était un grand judoka et ma mère, une pro du volley-ball. Notre famille était très active et très dynamique. J’ai débuté à quinze ans, mon premier contact avec l’athlétisme et ma famille m’a évidemment encouragée.

Ils ont beaucoup investi pour que vous puissiez vivre votre passion ? 
Ils ne le pouvaient pas avec cinq enfants à la maison. Pendant plusieurs années, j’ai couru pieds-nus, faute de pouvoir m’offrir les chaussures appropriées. Étrangement, cela m’arrangeait. J’avais ainsi le sentiment de voler, d’être beaucoup plus légère qu’avec 2kg accrochés aux pieds. 

Puis, vous avez été très tôt repérée par la presse… 
C’est vrai. Je me souviens que l’Opinion a titré à l’époque, « Une étoile est née. » Mes parents étaient ravis. Tous deux employés de banque, ils voyaient leurs collègues découper les articles sur leur fille et leur fierté était immense. 

Et vous, qu’en pensiez – vous ?
Moi je ne pensais qu’au sport. Tout de suite j’ai été en symbiose avec la course. Les moments où je courais, le vide se faisait en moi, un sentiment de liberté me grisait. C’était magique. 

Vous étiez dévorée d’ambition ?
Certainement. Je voulais pulvériser mes propres records.

Tous ces efforts et ces douleurs pour être la première, vous ont volé votre adolescence ? 
C’est assez vrai. Je me suis très tôt forgé un esprit de battante. Quand mes copines commençaient une existence de jeune fille, moi je voyageais pour représenter le Maroc à l’étranger lors des rencontres sportives. Au début, c’était juste pour les voyages, voir la tour Effel, par exemple. J’avoue que la performance sportive passait après. Heureusement, j’ai mûri très vite et j’ai privilégié les résultats. Il s’agissait d’honorer mon pays. 

Vous avez le sentiment d’être passée à côté de certaines choses ?
Bien sûr. J’ai dû faire l’impasse sur les sorties, les fêtes religieuses, l’ambiance familiale, la chaleur de la vie quotidienne. J’ai sacrifié tout cela pour ma carrière précoce. De plus, mon existence n’était pas simple, du fait de devoir me partager entre les tâches ménagères à la maison avec ma mère, les études et enfin l’entraînement au stade. Ça, c’était ma récompense. En fait, une vie peuplée de difficultés, mais qui m’a aidé à devenir très vite une personne responsable. On peut dire que j’ai appris la discipline et la joie dans l’effort. 

Quelle fut votre première folie ?
Je suis partie un mois au brésil. Puis, sur le tournage d’un film italien où l’on m’avait confié un petit rôle sympathique. C’était le rêve. Je me levais quand je le désirais, je mangeais à l’heure que je voulais, avec qui je voulais… C’était enfin la liberté. Je voulais rompre avec la discipline draconienne du sport à haut niveau. 

Vous avez été une très jeune ministre…
Oh, il y a eu plus jeune que moi ! C’était une volonté royale pour l’intégration des femmes. Donner l’exemple aux partis politiques. 

Et sur le plan spirituel…
Je suis très croyante. J’ai couru chaque course comme si ma vie était en jeu et à chaque course, je sentais Dieu toujours présent dans mon cœur. Cette force m’a aidée à croire en moi-même et à transformer mes rêves en réalité. J’ai certainement été guidée. Éclairée.

V.M.A

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