La tradition du henné, inscrite au patrimoine immatériel de l’Unesco 

La tradition du henné, inscrite au patrimoine immatériel de l’Unesco 

Tous les usages et croyances autour du henné sont apparus en Méditerranée et en Afrique présaharienne. Ces rituels se poursuivent aujourd’hui dans toute la péninsule arabique. Un art vivant qui est désormais inscrit sur la liste du patrimoine immatériel de l’Unesco.

Au Maroc, le henné est cultivé depuis fort longtemps dans les régions chaudes où ses feuilles sont récoltées, puis transformées en poudre destinée à un usage à la fois esthétique et rituel. Cette tradition ancestrale qui se poursuit dans la péninsule arabique et les pays du Maghreb a intégré en décembre 2024 le patrimoine immatériel de l’Unesco. 

Le henné du mariage 

Les vertus de cette plante sont essentiellement thérapeutiques, mais aussi médicales, prophylactiques, cosmétiques, décoratives, etc. La présence du henné est particulièrement remarquée dans les cérémonies de mariage, où les dessins traditionnels sont très beaux. Mouture de feuilles séchées, préparation des pâtes et autres onguents, pose des décors au henné sur les mains et les pieds de la fiancée… Ce qui reste de la pâte sera alors distribué aux demoiselles d’honneur. Ces gestes traditionnels se pratiquent au sein d’une ambiance festive, en l’honneur de la future épouse, vêtue de son caftan traditionnel vert (couleur du henné). Ce moment est à la fois spirituel et social car ces dessins sur les mains protègent aussi du mauvais œil, symbolisent la prospérité et marquent le passage vers une nouvelle, laissant derrière soi la vie de célibataire.

Le henné et la naissance d’un enfant 

On en applique à la maman et au nouveau-né comme signe de protection et de joie, ou encore pendant les fêtes religieuses, telles que l’Aïd al-Fitr (Fête religieuse musulmane marquant la fin du ramadan), où les jeunes filles se parent de henné avant les célébrations, perpétuant ainsi une tradition joyeuse, mêlant la parure et la féminité. Le henné accompagne la femme à travers toutes les étapes de sa vie, depuis qu’elle est jeune fille jusqu’à ce qu’elle devienne épouse et maman. 

Sur la peau

 Lors du bain, les femmes utilisent des soins traditionnels hérités de leurs mères et grands-mères : savon noir, gant, et surtout la Tabrima : un mélange ancestral de henné et plantes aromatiques comme le sidr (feuilles de jujubier) pour un gommage profond. Les grandes marques de beauté internationales le vendent aujourd’hui dans leurs magasins à travers le monde, ce qui rend le henné universel. Les spécialistes et artistes du henné savent jouer du chatoiement des couleurs. Ils dessinent sur les membres du corps divers tatouages représentant chaque région marocaine, caractérisée par des codes visuels : les triangles et formes solaires servent de talismans transmis de génération en génération. Les dessins ancestraux sur la peau sont de forme géométrique. On reconnaît leurs contours sur les bois sculptés et peints des maisons, sur les poteries, les portes, gravant ainsi le trait culturel de l’amazighité originelle.

Le henné de la fin de vie

Dans certaines régions du Maroc, quand une femme quitte ce monde, on lui applique sur les mains le dernier henné, afin de l’aider à partir en paix. C’est là une façon immémoriale de participer à la purification et la bénédiction pour son âme. Le henné est un symbole de grâce pour la femme qui le porte le jour de son mariage, comme le jour de son départ.

De nos jours, la modernité et l’ouverture du Maroc à d’autres cultures, s’est emparé du henné qui profite de nouvelles influences. On les découvre souvent sur les réseaux sociaux, où les Nakachats (les artistes de henné) se sont inspiré d’autres horizons comme le style Indien, celui des pays du Golfe, ou encore le style sahraoui (du sud marocain).

Dr. HADDAJI Ibtissam

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