« Je créé le tissu, je le conçois et le réalise. C’est comme sortir une matière du néant. »Soumaya Jalal Mikou

« Je créé le tissu, je le conçois et le réalise. C’est comme sortir une matière du néant. »Soumaya Jalal Mikou

 Soumaya Jalal Mikou vit et travaille à Marrakech. Du 16 juin au 31 juillet 2026, la Villa des Arts de Casablanca accueille « De fil en mémoire », une exposition immersive « Entre sculpture textile et installation monumentale ». Du 14 mai au 15 juillet 2026, ses installations en tissus superposés vont faire l’objet d’une exposition en duo avec la photographe Majida Khattari à la Galerie 208 du Mandarin oriental de Marrakech. Ne ratons pas ses dernières créations en fil de cuivre et de pierre. L’artiste est plutôt secrète, mais qui est-elle vraiment ? Interview.

Remarquable Soumya, poète sans le savoir, oscillant entre la réserve et le rire qui lui emplit soudain les yeux. Ses tableaux de tissus incroyables, sont autant d’œuvres d’art vibrantes et délicates. Architecte de formation, la créatrice est une pragmatique qui assume ses tentations lyriques. Interview intime.

Quel est votre signe astrologique ?

Je suis née le 5 juin 1957 et je suis Gémeau.

Un signe sympathique mais troublant.

Ah, bon ? C’est un signe d’air.

Vous vous y reconnaissez ?

Dans les grandes lignes. Je pense qu’être née au printemps n’est pas anodin. C’est ma saison préférée, celle de la renaissance.

Et vous renaissez à chaque printemps, comme un phœnix ?

Exactement. Les choses continuent à venir, à fleurir en moi. J’ai la chance d’être née au monde au moment où la lumière est la plus belle. Tout mon travail en est marqué. 

Justement, parlez-nous de votre travail. En quoi consiste-t-il exactement ?

Son nom barbare, c’est « la construction textile ». Je créé le tissu, je le conçois et le fabrique totalement. C’est, en fait, sortir une matière du néant.

C’est très printemps, tout ça !

Mais oui.

Et votre inspiration est également liée aux mouvements de la Nature ?

Elle est en effet très proche de la Nature. Et à toutes les empreintes en moi, conscientes ou inconscientes, que j’exprime par ce biais. Ça vient tout seul, je ne fais aucun effort. 

Par exemple, vous voyez de la mousse sous un arbre, et boum ! Ça vous donne envie de recréer la même matière fluide et mousseuse ?

C’est exactement ça. Pendant longtemps, j’ai tourné autour du palmier. Je suis fascinée par le tronc de cet arbre : une splendide résille naturelle. Cette matière me travaille. Cela ne signifie pas que je doive obligatoirement la reproduire à l’identique. Simplement parvenir à exprimer cela, ce côté aérien et en même temps très solide. Le rêve, c’est de créer un tissu qui a l’air fragile et qui en fait est très solide. L’inverse est également passionnant.

Vous êtes comme cela vous aussi ? Fragile en dehors, coriace à l’intérieur ?

Ce qui m’intéresse, c’est la dualité. C’est cela qui me définit au plus juste. Dualité ne signifie pas duplicité. Être deux en soi, c’est la possibilité de se ressourcer dans l’un pour mieux se laisser aller dans l’autre. Le travail sur soi, c’est un peu cela, une succession de constructions, de mues et de mutations. On va tous vers la perte naturelle des choses. C’est un cycle que la Nature reprend, elle aussi. Conclusion : l’être humain ressemble vraiment à un arbre ! Enfin, entre autres…

Racontez-nous votre façon de travailler ?

Le tissage est un acte de création à part entière. Je réalise d’abord des panneaux de 0,80m sur 3m. Ce panneau peut avoir toutes les fonctions. Mouvant selon les angles de vue, d’appréciation, de lumière du jour, etc. À partir de là, comme je suis architecte, naît un projet plus global. Cela peut être l’aménagement d’une chambre, d’un salon. Ensuite, je décline et je finis souvent par la tête de lit, la méridienne, les rideaux… Sauf contre-indication.

Quels sont vos matériaux de prédilection ?

J’ai une nette préférence pour les matériaux naturels. En fait, tout ce qui résiste au processus du tissage.  J’y intègre des éléments inédits : pas de broderies, mais une composition structurée autour d’éléments naturels, végétal ou minéral.

Répondez à un petit quizz, s’il vous plait. Votre plus gros défaut ? 

La sincérité.

Votre plus grande qualité ?

La sincérité.

Le vice qui vous inspire le plus d’indulgence ?

Le mensonge.

La vertu qui vous inspire du mépris ?

La charité. Bien que je sois moi-même charitable. C’est finalement peut être mon plus grand défaut. On peut changer le début de la réponse ?

Non, on ne change rien. En quoi réside votre coquetterie ?

Dans la sobriété. Je prends beaucoup de soin à être sobre.

Entre l’âme et le corps ?

Je choisis l’âme, évidemment.

Vous reviendriez d’entre les morts sous quelle forme ?

Je reviendrais avec toute ma conscience et je regarderais le monde sans besoin de dire une parole.

Comme Dieu…

Je ne rêve pas d’une telle grandeur. Une petite part de lui, peut-être. Mais un tout… Non, je suis loin, d’être un tout ! »

V.M.A

SHARE

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *