Moulay Ahmed Belghiti « La fidélité est une valeur moderne. »

Il a créé Vidéorama. Passionné de musique et de cinéma depuis son plus jeune âge, Moulay, son surnom, suffit généralement à tout le monde pour replacer tout de suite le personnage. Brillant, solaire, meilleur ami de ses amis, simple jusqu’à l’humilité, il n’en est pas à son premier paradoxe. Un artiste, homme d’affaires, malgré lui ? Eh, non. Bien plus complexe que cela… Nous avons rencontré ce créateur d’histoires quelques années plus tôt et il nous avait raconter son histoire rien qu’à lui.
Votre vrai prénom n’est pas Moulay, n’est-ce pas ?
Non, mon prénom complet est Moulay Ahmed. Et je préfère que l’on m’appelle Ahmed.
Votre date de naissance, signe astro, s’il vous plait ?
Le 11 juillet 1961, cancer ascendant je ne sais pas.
Cancer, c’est le signe de la famille, de la sensibilité, de la tendresse…
C’est tout moi, on est d’accord.
Très familial ?
Oui, j’éprouve beaucoup de tendresse pour la famille. C’est une valeur essentielle.
Êtes-vous difficile à vivre ?
Non, il paraît que je suis d’un commerce très agréable. Et en voyage, je suis le meilleur et le plus cool des compagnons. Le seul problème quand on vit avec quelqu’un comme moi, c’est l’ouragan professionnel permanent dans lequel on baigne. Ça peut agacer.
Vous ne coupez jamais votre téléphone ?
Si, quand je suis au golf. Mais apparemment, je ne le coupe pas assez.
Croyez-vous à la fidélité ?
Complètement. C’est une valeur importante. Une valeur moderne !
Moderne ? C’est bizarre…
Oui, dans le sens profond du terme. Comme dans un extrait des Enfants du Paradis où le héros dit « La modernité c’est vieux comme le monde ! »
Quel homme fidèle êtes-vous ?
Honnête et transparent. En amour comme en amitié, fidèle aussi à mes principes, à mes valeurs. Il ne faut pas trahir le petit garçon que l’on a été.
Quel petit garçon étiez-vous ?
Très ouvert, très curieux. Assez artiste. J’ai commencé la guitare à treize ans.
Vous êtes né au Maroc…
Oui, à deux ans je suis parti en France. Où je suis resté 5 ans. Puis ce fut l’Espagne, au lycée français de Madrid. J’y suis resté dix ans, en pleine période de la movida espagnole. Autant dire, une période merveilleuse.
Que signifiait pour vous la Movida ?
L’après Franco signifiait pour les Espagnols la volonté de croquer la vie et la démocratie comme dans une pomme. A pleines dents. Une vraie révolution sociale qui passait par la création artistique. On voyait des peintres partout, Almodovar débutait, c’était une atmosphère excitante et bon enfant. J’ai eu la chance de découvrir la vie comme ça, à quinze ans.
Puis, ce fut Paris ?
Oui, Dauphine, où j’ai préparé une maîtrise de gestion. Tous mes amis de l’époque étaient dans le cinéma. J’avais passé un deal avec mes parents : finir Dauphine et intégrer une école de cinéma à Los Angeles. Mais la vie a fait qu’en vacances au Maroc, j’ai assisté à un tournage en tant que touriste. J’ai réalisé que dans ce métier, ma place était peut-être ici. Deux ans plus tard, Vidéorama est né.
Vous semblez très extraverti. Est-ce là le vrai Moulay ?
Oui, plein de choses me passionnent.
Légèrement intello ?
Certainement. Mais un intellectuel très équilibré.
Issu d’un milieu privilégié, ayant réussi par lui-même, vous ne présentez pourtant aucune arrogance de classe…
Ce sont les voyages qui m’ont ouvert l’esprit. J’ai des amis dans le monde entier et appartenant à des classes sociales très différentes.
Vous avez des amis pauvres ?
Bien sûr, je respecte leur choix de vie. En ce qui me concerne, je suis content de m’en être tiré. Et quand on est musicien avant tout, on a toujours beaucoup d’amis qui galèrent, car la musique, il est difficile d’en vivre. La musique est ma première passion. Pas l’argent.
Où puisez-vous votre différence ?
Dans la phrase de Sénèque : « Tout ce qui est apparence est vanité. » J’ai eu ma période grosse tête moi aussi, après la création de Vidéorama. Le succès a été immédiat, très rapide. À l’époque, je pensais que c’était ça, la réussite : voyager en Concorde, rencontrer les stars. Bon, maintenant c’est clair, le bonheur est ailleurs.
Où ?
Dans le pré, avec les chevaux ! Faire de chaque journée quelques chose de très bien. Avec un petit côté rock n’roll pour le style.
Êtes-vous croyant ?
À ma manière. C’est-à-dire croyant, sans être pratiquant.
Souffrez-vous de la diabolisation de l’Islam, partout dans le monde ?
J’aimerais répondre en trois points. D’abord, je regrette que le monde musulman ne sache pas communiquer ce qu’il est au fond. Cela fait longtemps que l’Islam s’est refermé sur lui-même. Difficile d’imaginer que ce sont les Musulmans qui ont traduit les Grecs pour le monde latin. Cet enfermement est malheureux. L’Islam aujourd’hui, sécrète une image qui n’est pas la sienne. Tous ces clichés amoncelés les uns sur les autres. Nous vivons une véritable caricature.
Que faire ?
Il faut garder la religion à sa place, dans l’intime. Je suis choqué par les extrémismes de tout bord. En voyage, j’ai vu des choses qui font froid dans le dos, et cela au niveau des trois monothéismes. Je suis pourtant certain que nous parlons tous de la même chose.
Et vous, Moulay, que vous reste-t-il à désirer ?
L’amour. La vie. Je ne me fais pas au temps qui passe. J’ai le sentiment d’être toujours jeune et je n’ai pas du tout envie de virer vieux con. A quarante ans, je me suis rendu compte qu’on n’y échappait pas ! Donc, je me bats contre moi-même, car je suis convaincu que tu fais de ta vie ce que tu veux. Ce ne sont pas les circonstances qui te guident, car la vérité c’est que tu peux toujours tout changer.
V.M.A

