Tanger, toujours au bord du mythe 

Tanger, toujours au bord du mythe 

Tanger. Entre 1920 et 1960, la ville brille de mille feux dans l’imagination des artistes occidentaux. C’est la cité prisée des génies littéraires francophones. Poètes et penseurs étrangers se sont succédés ici, tombés sous son charme ambigu. Tous ont craqué pour la ville blanche. Pourtant, c’est son côté « noir » qui les a hypnotisés. Celle d’une Tanger toujours au bord du mythe.

Si l’épopée tangéroise continue de faire rêver, la ville refuse aujourd’hui d’être enfermée dans cette légende glorieuse, certes, mais parfois encombrante. Les étrangers continuent à y trouver un refuge, à l’instar de cet Italien : « Si un jour je dois abandonner Milan, c’est ici, jure-t-il, que je viendrais me réfugierTanger offre une personnalité équilibrée. Elle n’est pas européenne, mais pas exotique non plus, comme peut l’être Marrakech ou un tableau de Gauguin. » Il est vrai que la ville internationale a bien changé : désormais en plein dans son époque, Tanger s’enrichit de nouveaux quartiers modernes avec son lot d’ambitions urbanistiques et son statut de ville internationale. La ville se renouvelle et offre un visage, passablement assagi : fini l’économie de pirate, Tanger est dorénavant le port le plus important d’Afrique. La médina, entièrement réhabilitée, côtoie moults équipements de tourisme balnéaire et répond aux standards du dépaysement chic. Pourtant, malgré les nouveaux aménagements flambants neufs et haut de gamme, le mythe sulfureux des artistes s’obstine à survivre.

Le passé toujours vivant

Tanger n’est plus la même, c’est un fait, débarrassée de sa célèbre ville basse qui attira les Stones et le peintre Francis Bacon. Mais, l’impact des écrivains sur la notoriété artistique de la cité est resté intact car personne n’oublie que ce sont eux qui ont transformé cette petite ville portuaire en un mythe littéraire mondial. Ce monde-là se souvient de la Beat Generation et de William Bowles, inspirés par ce lieu halluciné et sans loi, entre paradis artificiels et liberté absolue. Un thé au Sahara est sorti d’un seul coup de l’imagination de Paul Bowles et fit des émules auprès d’une jeunesse  libertaire, fuyant le puritanisme américain des années 50. Tanger est alors le refuge nécessaire à la création. Aujourd’hui, le tourisme littéraire continue bien sûr à séduire les voyageurs érudits, attirés par cette esthétique romanesque. L’âme de Mohamed Choukri, dévorée par cette cité à la fois redoutable et merveilleuse, y veille.

Carrefour des cultures 

Si la Tanger des années 20 a attiré de nombreux auteurs français et les stars anglophones de la Beat Generation, sa place unique dans les arts occidentaux en a fait un carrefour cosmopolite fascinant.  L’émulation a fait son œuvre, quand la ville blanche a enfin vu naître la littérature marocaine francophone. « Cette blanche colombe perchée sur l’épaule de l’Afrique » qui ravivait les sens de Montherlant, s’est alors muée en véritable carrefour des cultures. C’est ainsi que le peintre Eugène Delacroix, voyageur infatigable,  témoigne à sa façon « du sublime vivant, courant ici les rues. » Quant à Jean Genet, l’écrivain a choisi d’être enterré non loin de là, face à la mer, dans le vieux cimetière espagnol de Larache.  

Où retrouver ce mythe sulfureux  

La Villa Muniria : Ce petit hôtel du centre-ville est célèbre pour avoir accueilli les figures de la Beat Generation dans les années 1960. C’est ici que William Burroughs a rédigé le roman culte Le Festin nu. Le Petit Socco : Véritable cœur névralgique et sulfureux de l’ancienne Zone internationale. Autrefois haut lieu des trafics en tous genres, de l’espionnage et de la prostitution, il reste un lieu de passage mythique et animé. La Grotte d’Hercule : Située à quelques kilomètres, cette grotte naturelle possède une ouverture impressionnante dont la forme rappelle le continent africain inversé. Sombre et humide, le lieu est entouré de mythes. Le Grand Café de Paris : Lieu de rendez-vous historique des agents de renseignement, diplomates et artistes qui fréquentaient Tanger à l’époque où la ville était un véritable « nid d’espions ». 

Sofia Azfi

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