Dakhla : L’Olympe marocain des Sky surfeurs

Ici, le vent du désert est partout. Il souffle sur les boulevards, les avenues, les déserts, bouleversant les esprits. Un zéphir têtu qui s’empare de la fameuse place Hassan II, pavée de rose, et accompagne l’énergie de cette ville marocaine coupée du monde entre mer et désert. Dakhla, l’ancienne cité portuaire, est aujourd’hui un eldorado sportif et touristique qui brille dans le panthéon des sports de mer.
« Eblouissante ». C’est ainsi que les touristes occidentaux parlent de cette petite ville nichée en plein Sahara occidental, surnommée la perle du désert. Entre mer et désert, la cité s’étale sur une étroite langue de de sable qui s’allonge dans l’atlantique sur une quarantaine de kilomètres. Le vent y souffle fort, obsédant, mais personne ne s’en plaint. Les Alizée et Sirocco, chargés d’embruns et de sable, représentent une ressource précieuse pour cette petite ville. Sur la plage de Foum el Bouir, les nouveaux héros sont des jeunes gens en équilibre sur leurs planches, qui rasent les vagues. Quand leur harnais, sous l’effet du vent, se tend et les propulse vers le ciel transformé en cerf-volant, la magie agit. Il faut alors se tenir fermement debout, en équilibre sur la planche, et retenu par un harnais confortable, frôler la mer, puis attendre que la voile en couleurs se gonfle comme un ballon sous la pression du vent côtier. Enfin se laisser aller et se sentir singulièrement vivant, porté par le cerf-volant du sky-surf vers le ciel de Dakhla …
Ce sont là les mots des Kytesurfeurs qui se pressent dans ce paradis de la glisse. La presse spécialisée internationale regorge d’articles sur le sujet, louant l’esprit de liberté, le côté roots de ce hot spot marocain. Il est vrai que ces rivages sont parmi les plus beaux du Maroc. Isolés du monde par le désert autour, ils représentent un véritable havre de paix, un lieu parfait pour jouir d’un soleil permanent et d’une température à 25 degrés toute l’année. Deux plages en particulier font les beaux jours des voyageurs : celle de PK25 pour le farniente dans les eaux calmes et cristallines de la lagune et celle de Foum el Bouir, plus agitée et prisée des surfeurs. Un peu plus loin se trouve la pointe du dragon, à côté de la base nautique créée par les frères Senoussi, pionniers en la matière quand quelques années plus tôt, ils ont eu l’idée de construire des unités hôtelières pour les voyageurs passionnés de glisse. Il s’agissait à l’époque de petits logements écolos, construits en bois et matériaux légers, fondus dans la nature. Aujourd’hui, comme beaucoup d’autres dans la région, ils proposent également des bungalows VIP, dotés de tout le confort.
Mais, le plus important dans le cœur de chacun, c’est toujours l’Océan et ses déferlantes impressionnantes dans lesquelles les plus fameux surfeurs s’engouffrent, tubes spectaculaires déroulés sur des centaines de mètres. Depuis le début des années 2000, l’engouement est à son comble depuis que la ville accueille chaque année les plus fameux windsurfers qui viennent s’y entraîner chaque année. L’eau de Dakhla, presque tiède, est la meilleure raison du monde pour les surfeurs qui y passent les trois mois d’hiver. L’emballement pour la ville s’est d’abord développé spontanément grâce à un efficace bouche à oreille, puis s’est organisé plus rationnellement sous l’égide du ministère du tourisme marocain. C’est aujourd’hui une destination de niche en pleine expansion, le nombre de visiteurs et de passionnés augmente chaque année. Rali Jei, coach sportif entre Paris et Casablanca, s’offre de nombreux week-end à Dakhla : « Venir ici me permet de décompresser, loin des klaxons et de la pollution. On est nécessairement apaisé face à un paysage aussi beau. On y rencontre aussi beaucoup de nationalités, mais tout le monde est blond ici ! » Sourit-il.
A Dakhla, le ballet bleu des « floukates »

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Considérée comme un havre de paix, la ville est encore préservée. Loin des grands boulevards du tourisme elle garde son charme pittoresque, posée sur une presqu’île de plusieurs dizaines de kilomètres qui forme la baie de Rio de Oro, juste avant la frontière mauritanienne, aux portes du Sahara. Entre dunes blanches et lagune aux eaux turquoise, les centaines de kilomètres de plages désertes du Nord au Sud de la ville compose un paysage somptueux orienté vers la mer. Si les activités sportives y sont aujourd’hui mises à l’honneur, la pêche traditionnelle reste une valeur sûre pour tout voyageur épris d’authenticité. Dans ce petit port au charme simple, la pêche est la principale activité économique de la région car les eaux y sont très poissonneuses. Depuis les côtes, on peut admirer le ballet des centaines de floukates, ces barques de pêche artisanales bleues qui stationnent au milieu des vagues pour remplir leurs filets de poisson pélagique, sardines, anchois et thon, abondants dans ces eaux. Loin des petites embarcations traditionnelles, la pêche à Dakhla est également industrielle. Premier fournisseur sur le marché national et présente sur plusieurs marchés étrangers en Europe et en Asie, ce sont essentiellement les bateaux-usines européens et japonais qui pêchent le thon sous concession marocaine. La production de la pêche à Dakhla représente un fort pourcentage de l’ensemble des richesses maritimes du Maroc. Enfin, pour les pêcheurs du dimanche en vacances, la moindre balade en mer peut offrir une rencontre impromptue et réjouissante avec les dauphins et les tortues de mer… Plus récente, la technique de pêche du surf casting est une activité qui se pratique depuis le bord de la plage. Il n’est alors pas rare de retrouver au bout de sa « canne » une belle courbine (appelée aussi Maigre) de plus de 45 kilos !
Le petit prince de Saint Ex est né à Dakhla
Un vent murmurait à l’oreille de l’aviateur Antoine de saint Exupery quand il faisait escale à Dakhka pour les besoins de l’Aéropostale. Le petit prince extraterrestre, perdu dans le désert… est probablement né ici.

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C’est à 600 km au sud de la ville de Laâyoune, que naît Dakhla. Nous sommes en 1884, les Espagnols contrôlent la région sous régime colonial. La ville, alors simple passage de caravanes, devient très vite un site stratégique pour l’Espagne qui le transforme en cité-portuaire baptisée Villa Sisneros. Sa position géopolitique, idéalement située à l’extrême Sud du littoral du Maroc saharien convainc l’administration espagnole de tirer partie de sa plus grande richesse, les ressources de la mer. Dakhla devient alors un important comptoir de pêche. Moins d’un siècle plus tard, la ville s’étoffe, parée d’un vernis romanesque dans les années 1920 quand le lieu accueille l’une des étapes de la fabuleuse histoire de l’Aéropostale. Les pilotes Jean Mermoz, Antoine de Saint Exupéry, père du Petit Prince, ou encore Henri Guillaumet, y font escale sur la route de Saint-Louis du Sénégal depuis le port de Toulouse. A l’époque, la ville n’est qu’un point de ravitaillement, modeste village, avec sa minuscule église, ses fortifications et son phare d’Arciprés Grande, simple tourelle d’environ 10 mètres de hauteur, destinée à guider ces pilotes de légende, dont s’est inspiré le réalisateur John Ford pour son chef d’œuvre Tête brûlée. Cette année, au mois d’octobre a eu lieu le 37e rallye aérien Toulouse – Saint-Louis du Sénégal. L’escale à Dakhla marquant la commémoration du centenaire aéropostal entre le Maroc et la France, a été l’occasion d’hommage à la mémoire de ces héros de l’air.
Ici, les pages de l’Histoire restent ouvertes, et si la ville se plaît à honorer les anecdotes glorieuses de son passé colonial, elle s’attache plus particulièrement à l’événement local qui a façonné la grande Histoire nationale. Il s’agit de la fameuse Marche Verte initiée en 1975 par le Roi Hassan II depuis Tarfaya jusqu’à la ville de Laâyoune. Cette marche pacifique, qui a réuni 350 000 Marocains, a achevé son périple le 28 février 1976 en hissant le drapeau marocain dans la ville de Laâyoune, annonçant ainsi la fin de la présence coloniale dans le désert marocain. Depuis, le conflit entre le Front Polisario, mouvement indépendantiste sahraoui, soutenu par l’Algérie et la Libye, s’éternise avec le Maroc et n’a jamais trouvé de solution définitive. Au Maroc, la cause nationale des Provinces du Sud revêt un caractère sacré. De ce conflit, sont toujours visibles les fortins en ruines, les imposants bâtiments militaires de Dakhla, ainsi que la présence de casques bleus de l’ONU déployés tout au long de la zone tampon séparant les deux parties.
Observateur International au titre des Droits de l’homme, l’avocat français, Hubert Seillan, était auditionné ces jours derniers à New York, dans le cadre de l’Assemblée générale des Nations Unies sur le sujet du Sahara. Il confie : « Je ne fais que témoigner de ce que j’observe sur le terrain et force est de constater que le Maroc fait tous les efforts nécessaires au développement de ce territoire et de sa population. » L’avocat énumère la scolarisation très élevée des enfants et des adolescents ; l’existence de nombreux services publics sanitaires, sportifs, culturels et cultuels ; le développement dynamique de l’économie des territoires, avec de nombreuses entreprises dirigées par des Sahraouis et la place importante accordée aux femmes. « Ces constats sont traduits par un Indice de développement humain qui est supérieur à la moyenne nationale. Autant de marques modernes de la marocanité. » conclut-il. L’actualité immédiate ne lui donne pas tort avec le démarrage des travaux de construction du port stratégique Atlantique-Dakhla dont les premières pierres seront posées au deuxième trimestre de 2020. Ce méga port est destiné à valoriser l’activité économique liée à la pêche maritime, l’autre point fort des Provinces du Sud.
L’Eco-tourisme à Dakhla
Découverte, nature, respect de l’environnement et bénéfices pour les communautés locales

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Comment le voyageur pourrait-il résister à ces côtes linéaires sur des centaines de kilomètres de plages, à ces hautes falaises plongeant sur des plateaux désertiques, à ces vagues gonflées par les alizés qui soufflent toute l’année ? Les épris de nature découvrent ici un Eden pour les milliers d’oiseaux migrateurs et les grandes colonies de flamants roses. Dakhla est aussi un hôte généreux pour la plus grande population mondiale de phoques moines tandis que ses eaux sont peuplées d’espèces rares comme les raies et les dauphins à bosse.
L’écotourisme local se développe autour de l’environnement, de sa faune et de sa flore. Des excursions nature sont organisées sur le terrain, comme la visite de la dune blanche, l’observation de la migration des oiseaux avant qu’ils ne repartent sous d’autres cieux, et les sensations inédites du spa naturel dont l’eau chaude sulfurée de la source Asmae est connue pour ses vertus thérapeutiques. Outre sa lagune, la ville développe son autre atout : le désert. Ce Sahara légendaire, riche de multiples paysages, avec ses sables, ses canyons insoupçonnés et ses surprenantes petites montagnes entourées de savane. Si les gazelles ont disparu de ces lieux depuis de nombreuses années, il est toujours possible, en bivouac, à la nuit tombée, de rencontrer fennecs et hérissons du désert, mais aussi des troupeaux de chameaux et leurs bergers. Selon les pouvoirs publics, Dakhla est vouée à devenir, ces prochaines années, la destination numéro un du tourisme durable au Maroc. Le parc hôtelier ne cesse de se développer, misant sur deux ambitions : le respect de l’écosystème et le tourisme haut de gamme. Dans ce sens, plusieurs projets sont à l’étude, notamment dans la baie de Oued Eddahab, comme l’explique Daifallah Endour, délégué régional du tourisme, dans la presse locale : « La demande en matière d’hébergement touristique n’a pas encore atteint le niveau requis, mais nous améliorons progressivement la qualité de nos prestations afin de nous positionner dans le haut de gamme. » Dakhla est actuellement en chantier. Une quinzaine d’unités d’hébergement hôtelier sont en construction. « Nous avons tous les atouts pour drainer les chaînes hôtelières avec des labels connus dans le monde afin de pouvoir nous aligner sur les meilleurs standings », ajoute Daifallah Endour.
Les meilleurs lieux pour dormir et manger à Dakhla
Où dormir ?
Palais Rhoul & Spa Dakhla :Hotel Situé au 100 boulevard Mohammed V à Dakhla. Un hôtel haut de gamme, élégant, en bord de lagune/mer. Pourquoi on aime : La combinaison luxe + cadre nature (mer/lagune), parfait pour un séjour détente. www.lepalaisrhouldakhla.com
Le Tulum Beach Resort & Spa Dakhla : Hotel situé à Oum Labouir, Dakhla. Un resort « plage » qui offre un bon compromis entre confort et nature. Pourquoi on aime : Ambiance plus « bord de mer », détente, plages sauvages. À noter : Peut-être un peu plus éloigné du « centre » mais parfait si vous êtes en voiture ou voulez calme.https://tulumbeachdakhla.com
Où manger
Talha Mar Fish restaurant : Un restaurant de poissons/fruits de mer très apprécié à Dakhla. On y recommande notamment les huîtres et les plats grillés. Pourquoi on aime : Pour les amateurs de fruits de mer frais — très bien situé, bonne ambiance.
Conseil : Arriver tôt ou réserver si possible — popularité = affluence. Villa Dakhla Restaurant www.bestofdakhla.comSitué boulevard Mohammed V à Dakhla. Ambiance décontractée, bon pour un dîner relax. Pourquoi on aime : Option un peu plus « facile », bon rapport qualité-prix, bon emplacement.
Conseil : Vérifiez s’il y a des plats végétariens si besoin.
Où dormir et manger cool ?
Dormir : Kite House Dakhla Bed & breakfast Charmante guest-house, « less than 3 kms from the centre ». Idéale pour ceux qui veulent calme + vue lagune + ambiance kitesurf. Bon compromis confort/nature. Hotel Oasis Dakhla Boutique riad-style, en plein cœur de Dakhla, « pieds dans l’eau, accès direct à la lagune ». Parfait si vous faites du kitesurf ou souhaitez être très proche de l’activité nautique. www.hoteloasisdakhla.comDar Tawarta Guest House Maison d’hôtes très bien notée (~9/10) pour son accueil, son ambiance cosy. Idéal pour un budget plus modéré, avec charme local.La Maison Jaune Dakhla.www.lamaisonjaunedakhla.co/ Maison d’hôtes en bord de plage en option « économique » mais avec très bon retour client (note ~8.9/10). Très bien si vous voulez simple + vue agréable. Hotel Buenavista Dakhla Hôtel 4★ sur Dakhla, bien noté (~8.6/10) pour son confort, bon choix pour un séjour intermédiaire. http://www.hotel-buenavista-dakhla.com
Manger : Chez N’Tifi : Recommandé comme l’un des meilleurs « eats budget » à Dakhla. Atmosphère locale, bon rapport qualité/prix.Casa Lola Adresse listée dans les bonnes adresses « ou manger pas cher » à Dakhla. Cuisine variée, bon pour une pause relax après l’activité. TalhaMar Spécialiste fruits de mer : huîtres, grillades. Très bon pour un repas convivial. Si budget un peu plus élevé mais valeur sûre pour la qualité. Restaurant Villa Dakhla Sur l’avenue Mohammed V, option un peu plus « standard restaurant, bon pour dîner tranquille. Facile d’accès, ambiance relax.
Aya Tenfati – journaliste tourisme

Crédit photo : Yassin Chykry
Témoignage
« Ce désert m’a bouleversée »
« Je suis allée à Dakhla très souvent, à une période où j’ai commencé le kite, après mon divorce. Avant, je naviguais avec mon mari en hobby 16. C’était un catamaran, un petit voilier hyper rapide et ludique et on s’éclatait. Après notre séparation, je savais que je retrouverai un nouvel équipier. Je me suis alors lancée dans le kite. Très vite, mon apprentissage a démarré dans la lagune de Dakhla. Mon compagnon avait entendu parler de la pêche à la courbine. Nous sommes partis faire un premier stage là-bas. A l’époque, on a atterri chez Sidi, à l’auberge des nomades. L’ambiance du campement m’a tout de suite séduite. On se sentait hyper bien accueillis. A table, les plats étaient délicieux. Tout était posé sur la table commune à tous et on partageait ce moment après avoir pris des cours avec Omar. Les années suivantes, nous sommes revenus, et de plus en plus nombreux. Notre groupe s’était agrandi. Nous avons lié des connaissances sur place. Plus tard, nous avons fini par y emmener nos enfants. Nous nous sentions toujours les bienvenus. Nous avions commencé notre voyage à deux, quelques années plus tard, nous étions trente.
Je ne suis pas venue à Dakhka pour la ville elle-même. Je suis venue pour le kyte surf dans une nature sauvage, avec une lagune magnifique, entouré de sable, de désert, de dunes avec la « croute » qui forment des plateaux. Cette nature sauvage à perte de vue… C’est si beau. Si vous avez le bonheur d’avoir quelques gouttes de pluie, en un seul jour, les plantes poussent en quelques minutes. Je me souviens des chiens sauvages qui passent dans le désert, de la balade pour rejoindre l’océan, d’avoir traversée la lagune et d’avoir ressenti intensément un sentiment de liberté incroyable, où tout était encore possible. On faisait du 4/4 dans les dunes pour accéder aux points stratégiques. Nous avons parcouru des kilomètres de kite en traversant des zones ultra sauvages au milieu des flamands roses. A la recherche de spots où il y avait parfois très peu d’eau mais si claire, d’une couleur cristalline vraiment magnifique. Nous avons pêché, traîné à la source d’eau chaude. On admirait les dauphins et le désert sauvage. Pas de bateaux, pas de cormore, rien d’autre que la voile et le désert. A l’époque, Dakhla était peu construit, mais L’organisation sur place était géniale. Sécurisée, super conviviale. Ce désert m’a bouleversée, à tel point que j’y suis revenue et emmené beaucoup de monde. Je pense que j’étais à l’époque l’une des premières femmes sur le plan d’eau. La ville m’intéressait peu, mais je suis allée plusieurs fois au marché acheter du poulet pour les amis. J’aimais tellement cet endroit que l’on m’a même proposé de rester à Dakhla pour y travailler et gérer un camp. J’y ai réfléchi mais je me suis faite aspirer par d’autres projets chez moi, en France. »
– Valérie P.
