Crépuscule d’une ville-monde

« Un matin, vers 5h, moi, Casablancais de souche, je décide d’aller me promener, comme ça, à travers les rues de cette ville que je connais comme ma poche et d’un coup, je me suis retrouvé dans un monde fantasmatique dont j’avais enjambé les frontières sans m’en rendre compte. Le choc fut rude ! Imaginez un Casablanca surgissant de l’ombre, immeuble après immeuble, dans un dédale de rivières, de canaux de bitume amniotique. Un Casablanca qui vous regarde à travers ses fenêtres aveugles. Comme s’il était mort. Mais non, il vibre, je le sens, et j’avance bravement à la rencontre de ce rêve qui égrène ses vestiges, de façades et d’enseignes oubliées.
Au premier bruissement (d’ailes), je me suis réveillé. Déjà quelques lumières blafardes chassent ces ombres qui s’enfuient comme des chauves-souris épouvantées.
Une ville doit-elle éteindre ses souvenirs chaque matin ? Ou alors, survit-elle dans l’attente qu’on la reprenne dans nos bras ? »
Gérard Falandry – Chef d’entreprise

