Casablanca, sale ? Non, jamais…

Toute activité au niveau d’une ville obéit à des enjeux parfois secrets. Celui de la « saleté » de Casablanca offre de nombreuses interprétations qu’il faut apprendre à déchiffrer.
» La propreté est sainte. On dit qu’elle est l’image de la pureté et que cela plait à Dieu « . Ce matin-là, Casa semble pourtant abandonnée de tous. Ni humanité, ni sacralité ne percent la brume de l’aube qui se réfléchit sur les trottoirs humides du centre-ville. Glissants et sales. Les faubourgs de Casablanca s’éveillent, sombres, entre détritus et poubelles éventrées qui sont les fantômes chancelants du début du jour. Cette partie de la ville n’est pas reluisante. Si belle et si sale, mais quelles raisons évoquer pour que cela perdure ? Car il en faut bien une pour expliquer l’abandon d’une partie de la ville par tous, par ses habitants qui détournent le regard. On pourrait arguer la pauvreté, la misère de cette partie populaire de Casablanca qui ne rapporte pas grand-chose et pourrait coûter beaucoup. A moins que les raisons ne soient aussi ailleurs.
La saleté du centre de Casa serait-elle « réelle » bien sûr, mais aussi terriblement symbolique ?
L’expression d’un rejet de ses habitants, matérialisé par le règne des immondices, ces témoins malodorants d’un désengagement social, d’un abandon volontaire et inéluctable de l’une des plus somptueuses cités art-déco que le monde a créé. L’idéologie de la propreté, ce dilemme hygiéniste n’est pas si ancien quand on sait que la propreté urbaine est une idéologie datant de la fin du XIXe siècle et qu’elle est née sous la seule pression d’une classe sociale : la bourgeoisie occidentale. Aujourd’hui, Casablanca La Moderne, conçoit parfaitement que la santé du peuple de Casablanca, son bien-être et son développement dépendent de cette idéologie qui place la propreté comme l’une des vertus les plus hautes sur l’échelle du Bon et du Bien. L’hygiène urbaine est désormais partout dans le monde la pierre angulaire de l’édifice social. Sa cerise sur le gâteau. Son graal civilisationnel. Casa aurait-elle raté le coche ? Oui, si l’on regarde exclusivement les poubelles débordantes. Non, si l’on pense que derrière le monde visible et le constat rationnel, se cache un autre monde. Celui des mystères et des raisons cachées, des regrets et des ressentiments. Et aussi celui des grands changements. »
G.E – Écrivain

