« Une ville dont on ne connaissait que le beau nom secret de Smara. » Témoignage d’un photographe.

« Une ville dont on ne connaissait que le beau nom secret de Smara. » Témoignage d’un photographe.

« Je ne connaissais pas encore Smara ! Tout juste un souvenir de lecture, une vague évocation dans « Vent de sable », où Joseph Kessel raconte son périple dans le désert marocain au cours des années 1920. On peut y lire : « … Dans le Rio de Oro, une ville dont on ne connaissait que le beau nom secret de Smara ». La ville, selon l’écrivain aventurier, est semblable à « la capitale inconnue des Maures où aucun Européen n’avait encore pénétré. » La région, sous protectorat espagnol depuis 1884, isolée à l’intérieur des terres et difficile d’accès, échappait largement au contrôle du pays protecteur. Les récits de l’écrivain voyageur exaltent les vocations d’explorateur. Ainsi, un autre aventurier, dix ans plus tard, marchera sur les pas de Kessel : il s’agit de Michel Vieuchange qui décida de s’y rendre à pied et à dos de dromadaire. Ce passionné laissera un journal de route qui va permettre de saisir les nombreuses difficultés qu’il rencontra en chemin… Ouf, aujourd’hui la ville est dotée d’un aéroport, plus facile d’accès ! A 240 kilomètres à l’Est de Laayoune, la découverte de cette cité de 60 000 habitants se précise avec les « Rencontres de Smara » qui s’y déroulent chaque année, réunissant intellectuels, universitaires, chercheurs… trois jours durant autour du fait religieux. Présence physique et relais vidéo avec des personnalités de divers pays comme la France et l’Afrique, hommes et femmes de toutes religions monothéistes, musulmans chrétiens et juifs, pour débattre de ce qui les unit, les différencie aussi, dans une parole libre et une recherche commune de spiritualité, sous l’égide de la fondation France-Maroc soutenue par Ribat el Fath et l’AGIREP.

Ces rencontres en plein désert de sable et de roches dans cette ville en croissance exponentielle, sans ressources agricoles ou industrielles, offrent une véritable aventure intellectuelle. Je ne connaissais jusqu’alors que le désert du Sinaï en Égypte que j’ai visité 29 fois et j’ai retrouvé dans ce Sahara marocain cette même solidarité nécessaire en milieu aride et exigeant. L’hospitalité, l’accueil des gens du désert, la tradition nomade, ne sont pas de vains mots ici. Rares sont les touristes. Je me promène dans la médina dont la propreté est inouïe, espaces publics et magasins, dignes de Lausanne, … Je rentre dans une boutique pour admirer les gandouras quand un autre client m’en enfile une. Elle me plait, je veux la payer … « Il n’en est pas question ! » s’exclame alors le client inconnu. C’est incroyable mais cet homme m’offre la gandoura à laquelle le propriétaire de la boutique rajoute une écharpe !

Aller à la rencontre de ce patrimoine architectural, qui disparaitra peu à peu sous la pression démographique, est une grande chance. On y retrouve la morphologie des maisons traditionnelles dans l’implantation initiale de la ville ainsi que les formes simples et épurées des construction adaptées au climat désertique. Elles sont bâties en utilisant des matériaux locaux et naturels : terre crue et pierre brune des montagnes proches, galvanisées par le bois odorant qui sera utilisé pour la charpente recouverte de terre ou d’autres matériaux isolants. Les murs épais constituent des tampons thermiques, le toit en forme de coupole évacue ainsi naturellement le poids du sable. Un autre bel élément du patrimoine du désert marocain s’inscrit dans le vêtement principal des femmes, qui porte différents noms selon les lieux : Melhfa, malfha ou encore izar ou tamlheft. Un long tissu de 4 à 6 mètres sur 1 m 60 dans lequel les femmes s’enveloppent entièrement de la tête aux pieds. Ce vêtement ample généralement de couleurs claires est conçu pour ne pas absorber la chaleur, protéger des rigueurs du climat et s’isoler des vents chargés de sable. Il faut découvrir aussi, selon vos envies, la vie du désert animée par la flore et la faune adaptées aux conditions extrêmes : chaleurs accablantes du jour et fraicheurs des nuits où les animaux retrouvent leurs activités.  Courrez, ou plutôt envolez-vous, avant tout le monde, vers Smara pour respirer quelques temps le charme d’une vie ancestrale, à travers le chemin tracé par Joseph Kessel, voici cent-quinze ans. Mettez vos pas dans ceux de l’académicien. Aujourd’hui vous ne passerez que 2h30 minutes en avion pour relier Casablanca à Smara. Une ligne nouvellement mise en place depuis novembre 2025 par Royal Air Maroc. »

Richard Zéboulon
Photographe et auteur

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