Nour-Eddine Lakhmari, cinéaste. « J’ai tenu à réussir sans prendre la grosse tête. »

Nour-Eddine Lakhmari, cinéaste. « J’ai tenu à réussir sans prendre la grosse tête. »

Énergétique, il l’est. Un homme plein de bulles fraîches et piquantes. Nour-Eddine Lakhmari a la bougeotte et traverse continents et cultures, les mains dans les poches de son universel denim bleu.  Citoyen norvégien pendant une vingtaine d’années, il y plante d’abord son drapeau et son lyrisme méditerranéen. Là-bas, toutes les chances lui sont enfin offertes et il ne faudra à notre voyageur que quelques années pour se révéler l’un de nos réalisateurs les plus prometteurs. Portrait d’un fou de travail, qui ne se déplace qu’avec son ordinateur portable à portée de main. 

Il arrive pile poil à l’heure, lunettes sur le bout du nez, tout de jean vêtu. Il fallait s’y attendre, sa révolte à lui tenant en grande partie dans cette toile vieillie, pétrie de l’orgueil de ne surtout pas avoir l’air d’un « porteur d’or ». « J’ai tenu à réussir sans me prendre la grosse tête et au Maroc, trop de gens se la jouent ! Il faut pourtant encore travailler car nous ne sommes pas tout à fait sortis du tunnel. » Dit-il. Le réalisateur défend une idée très précise et particulière de l’élégance, la seule à titiller sa vanité, qu’il a fort petite : « Le chic suprême, c’est la reconnaissance des gens. Par exemple, quand je vais à Safi et qu’une personne normale m’aborde, comme cette vieille femme analphabète qui m’a dit un jour : j’ai rien compris à ton film mais j’ai compris ce que tu voulais dire. » Ça, il a adoré. De ses origines modestes, Nour-Eddine Lakhmari en a tiré une sorte de désinvolture, à peine provocante, histoire de faire comprendre, à ceux qui en doutaient encore, que peu de choses sont susceptibles de l’impressionner. Dubitatif, il l’est, même face son propre succès. Pourtant, la réussite est là, honnête, éclatante. Cet homme n’a jamais lâché la proie pour l’ombre. Son rêve, il l’a peaufiné chaque jour et chaque minute, jusqu’à l’accomplissement. En 1994, il joue enfin dans la cour des grands, avec plusieurs court-métrages décoiffants et une pléthore de prix prestigieux, espagnols, marocains, suédois, français et américains… Ses images ? Des symboles déguisés, reflets fidèles de son univers mental. Comme tous les grands, il pique droit à l’humain. 

Les autres 

Le réalisateur n’est pas un solitaire. Quand il bouge, il va en bande. « J’ai besoin de la convivialité de mes amis ». Issu d’une fratrie de trois enfants, il ne parvient pas à comprendre, s’insurge contre l’homme seul. « Je sais bien qu’au Maroc il faut se battre à chaque instant pour avoir droit à une vie privée et au respect de celle-ci. C’est difficile de trouver la mesure exacte de ce qui appartient à l’individu et ce qui relève du collectif. La vérité, c’est que quoique l’on fasse, nous sommes tous fondamentalement seuls. La tragédie est là et c’est la même pour tout le monde. »

La passion

Pour qui, pour quoi ? Pour l’existence, point. Il ne se voit pas répondre autrement. L’argent, ce moteur délicieux, il le tient en mépris. « Je me fiche de l’argent. Il ne devient jamais important quand tu viens d’une famille modeste. L’essentiel, c’est de sortir avec les gens et de boire des cafés au lait. » Puis, l’amour. Il rit à l’évocation de la blondeur des femmes qui, plus jeune, le faisait craquer : « On a tous le fantasme de la différence. Puis, avec le temps, ce n’est plus important. Ce qui compte au final, ce sont les valeurs universelles. J’espère parvenir à passer ce message à mes enfants. » La diversité, le métissage culturel, cette seconde nature, est, pour ce globe-trotteur, une des clés du bonheur. De son bonheur ? « Je suis intimement convaincu de cela. Il est possible de parler la même langue, de ressentir les mêmes émotions, d’être proches les uns des autres, sans pour autant partager ni les mêmes cultures, ni le même quotidien. » 

V.M.A

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