Il était une fois chez le Roi 

Il était une fois chez le Roi 

Invitée par Ahmed Ghayat, en tant que membre de son association « Marocains pluriels », j’ai eu l’honneur d’être invitée à la cérémonie de présentation du plan de développement de Casablanca, quelques années plus tôt. Voici le souvenir inédit de cet événement auquel j’ai assisté. 

« Ce Vendredi-là, SM le Roi du Maroc nous reçoit dans son palais du Habous. L’objet de l’invitation ? Nous honorer pour le travail effectué l’année précédente lors des focus groupes pour la ville de Casablanca. Nous voici donc ce matin, (un vendredi 26 septembre) devant ce palais arabo-andalou somptueux, dont les portes d’accueil ressemblent à l’entrée d’un  aéroport, avec portiques de sécurité, confiscation des téléphones et autres sacs à main féminins, ce qui me paraît légitime. 

Le petit dej’ au palais ? Toutes les sortes possibles de pâtisseries orientales et occidentales (je me suis appropriée quelques flacons de cristal de jus d’amande, bien qu’Ahmed Ghayat, le boss de notre think-tank, me dise de goûter le jus de gingembre. (Spécialité de la casa royale). Plus tard, nous entrons dans la salle de réception où l’on me donne un appareil de traduction simultanée de l’arabe classique au français. Nos chaises sont en bois précieux, recouvertes de vernis doré, dont l’assise confortable est en cuir bordeaux. Le trône, en velours rouge sombre, qui attend le roi est en place. Je ne quitte pas Ahmed qui connaît parfaitement le protocole. Quelques minutes plus tard, l’air s’emplit soudain d’une merveilleuse odeur d’encens rare. Ahmed me souffle que ceci est l’annonce de l’arrivée du Souverain. Ces minutes embaumées accompagnent la première arrivée des ministres et autres parlementaires, tout de blanc vêtus, en tenue traditionnelle après la prière du vendredi. Enfin, la voix du chambellan retentit et se met à chanter (en arabe classique) « Que Dieu préserve notre roi », incantation reprise par toute la salle debout. 

Il entre donc, supersonique. Mohamed VI traverse la salle à 100 à l’heure, lance une main gentille pour faire asseoir ses ministres et s’installe sur son trône quand il estime que chacun est à son aise. Courtoisie des rois, surprenante et jamais démentie.

Il est là, face à tous, et je mesure la solitude, l’espèce de vulnérabilité qui y est attachée et l’étrange charisme que peut revêtir un être humain sacralisé depuis sa naissance, sacralisé dans chacun de ses gestes et de ses regards. Sa présence physique est comme enchantée et toujours infiniment vulnérable. 

La séance commence. La bonne nouvelle pour nous : le Roi ratifie dix conventions correspondant aux multiples recommandations des 10 focus groupe Casablanca. 33 milliards de dirhams sont octroyés à la réalisation des projets que nous avons présentés, dont 3 milliards environ sont liés directement à l’amélioration des conditions sociales des casablancais les moins favorisés. Notre cible de travail à nous, notre groupe d’artistes qui pour l’occasion est en costume sombre et cravaté.

Une heure plus tard, nous déjeunons d’un buffet inénarrable où je goûte les jus de tous les fruits possibles dans des carafes précieuses et colorées. Nous sommes entourés des uniformes blancs traditionnels de la Garde Royale qui nous attend à la sortie. 

Malgré un protocole millénaire et millimétré, la convivialité est totale. 

Avant de quitter le palais, on me dit que la tradition exige de prendre des gâteaux du buffet et de les emporter avec moi. « Baraka du Roi. » J’ai donc rempli mes poches de baraka sucrée et rejoins la circulation impossible de Casa, la plus belle ville du monde, à mes yeux du moins. »

V.M.A

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