SM le Roi Hassan II et Monsieur Gaïus se retrouvent sur les bancs de l’université de Bordeaux

Les liens entre Moulay El Hassan ben Mohamed Alaoui et la ville de Bordeaux sont connus. Il y eut des rencontres qui perdurèrent longtemps. Avec Jacques Chaban-Delmas, dont la relation s’échelonna sur de nombreuses années, mais aussi des amitiés plus improbables.
Hassan II, Prince héritier, puis Roi du Maroc, est venu à de nombreuses reprises au Pyla, célèbre station balnéaire du Bassin d’Arcachon. Il séjournait alors à l’Hôtel Haïtza. Puis, à Bordeaux. Chacun sait que le Souverain, alors jeune prince, y étudiait à la Faculté de droit. À la mort du Sultan Mohamed V, le prince est proclamé Roi le 3 mars 1961. Son premier voyage à l’étranger est en France et sa première étape, le 25 juin 1963, à Bordeaux.
Le mystérieux Monsieur Gaïus
Durant ce séjour, les réceptions se succédent. L’une d’elles, le jour même de son arrivée dans la ville, se déroule à la Faculté de droit (aujourd’hui l’I.A.E.). Sa Majesté reçoit, comme son père quelques années plus tôt, le 9 octobre 1950, le titre de docteur Honoris causa de l’Université de Bordeaux, en présence de Jacques Chaban-Delmas. Rompant avec les règles protocolaires, le Roi formule alors une demande surprenante : il demande à voir Monsieur Gaïus. Étrange requête quand on sait que Gaïus était un juriste romain du IIe siècle, dont le nom signifie Le mystérieux.
Ce Monsieur Gaïus est évidemment inconnu des officiels. La vérité est plus sympathique : Monsieur Gaïus est en fait le surnom que les étudiants donnaient à un appariteur qui ouvrait et fermait les portes de la faculté. Entre-temps, il avait pris sa retraite. Un sacré personnage que ce Gaïus, alias Albert Picoulet, né le 21 avril 1895, ancien combattant, amputé d’une jambe, invalide à 100%, ancien garde des jardins et parcs de la Ville, il arrondissait ses fins de mois, avec l’autorisation de sa hiérarchie, en vendant des polycopiés et autres petites combines.
Des retrouvailles royales
Monsieur Gaïus se piquait aussi de littérature et ses amis l’incitaient à publier ses textes, ce qu’il fit à compte d’auteur, sans vraiment connaître le succès… Car qui aurait lu Du déjeuner de Jezquibel ; Aux confidences d’une mère; suivi des Quatre saisons, publiés en 1959 ? Puis, en 1960 : L’épervier et les lunettes noires : Confession d’une femme, Amour et psychologie et en 1963 de Faculté, vie de bohème des étudiants, dans lequel il consacre quelques lignes à l’étudiant Hassan II, devenu monarque.
Pour satisfaire l’illustre invité, on fit donc quérir le retraité Gaïus-Albert Picoulet qui put ainsi s’entretenir en privé dans le salon de la faculté avec son ancien « élève » devenu le Roi Hassan II et son frère Moulay Abdallah, afin d’évoquer quelques souvenirs partagés.
Richard Zéboulon
Photo : journal « Sud Ouest »

