Des chevaux et des hommes

La Tbourida appelée aussi « Fantasia » dans la littérature occidentale, est l’un des arts équestres les plus emblématiques du Maroc. Il constitue un patrimoine vivant, associant le cheval, la tradition guerrière et le cérémonial collectif, comme autant de symboles d’une identité culturelle ancrée.
C’est un art qui remonte au XVe siècle. Il s’inspire des anciennes tactiques militaires des cavaliers arabo-amazighs. Il se définit d’abord par une charge de cavalerie, semblable à celles qui caractérisent les anciens conflits historiques. À l’origine, la Tbourida n’était pas un spectacle de divertissement, mais une véritable séance d’entraînement des cavaliers. L’objectif ? La maîtrise du cheval, la coordination du groupe et enfin les valeurs d’honneur et de courage. Une équipe (Sorba), composée d’un nombre impair de cavaliers sont placés en ligne sous la direction du Mokaddem (chef de troupe). Le nombre de cavaliers peut varier selon les traditions et l’importance des compétitions entre les tribus. La Fantasia se joue en deux temps : d’abord, l’entrée cérémonielle des cavaliers avec le salut et leur armes (La Hadda). Puis, (La Talqa) la course au galop qui finit par un tir au fusil collectif et synchronisé. La simultanéité du départ du mouvement et de la détonation est essentielle.
La place centrale du cheval
En plus des cavaliers, le cheval occupe une place majeure dans la Tbourida (Fantasia). Le cheval barbe et le cheval arabo-barbe représentent deux lignages phares, réputés pour leur agilité, leur endurance et leur tempérament fougueux. Ce sont le plus souvent des étalons, choisis pour leur prestance et leur docilité face au stress intense généré par les coups de fusil. S’ajoutent le harnachement, les selles brodées, les vêtements des cavaliers (burnous, turban, bottes traditionnelles).
De siècle en siècle…
La Fantasia s’est transmise oralement dans les familles et les tribus marocaines. À travers l’histoire du Maroc, elle est liée au baroud (poudre à fusil). Cela remonte à la fin du XIIIe siècle, sous le règne du sultan mérinide, Abou Youssef Ibn Abdelhak. Les cavaliers marocains, férus de gloire et de bravoure, s’illustrent à travers la tbourida et le baroud, de la plaine du Gharb aux hauts plateaux du Souss, Doukkala Aabda. Dans ces régions, chaque tribu contribue au folklore avec ses propres ornements pour les hommes et les chevaux. C’est sous les reflets magnifiques des broderies du costume de chaque cavalier, que la fantasia commence. Les tirs de poudre s’accompagnent d’un grand cri de guerre lancé dans l’air. Les spectateurs sont alors subjugués par une mise en scène immersive où l’on expose fièrement une identité culturelle et L’histoire vivante d’un territoire.
La Thbourida des femmes
La Tbourida demeure aujourd’hui l’un des symboles les plus forts de la mémoire équestre et de l’identité culturelle du Maroc. Elle est toujours présente lors des moussems, des fêtes agricoles, des célébrations nationales et des compétitions équestres. Autrefois reléguées en arrière-plan, les femmes dirigent désormais leurs propres troupes en tant que Moqadem (chef de la sorba). De vraies cavalières qui incarnent la résilience et l’émancipation en prouvant leur talent dans une discipline historique, tout en brisant les stéréotypes de genre. En 2021, la Tbourida a été inscrite sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO, reconnaissance internationale de sa valeur culturelle.
Dr. Ibtissam Haddaji
