Touria Souaf depuis 20 ans, elle a toujours raison. Interview vintage

Touria Souaf, célèbre journaliste et ex-présentatrice télé pour RMC et 2M, estime qu’aujourd’hui, «tout a été chamboulé suite à l’avènement d’internet et des réseaux sociaux». Elle espère que la presse écrite puisse survivre à cette crise sans précédent. Nous espérons qu’elle ait toujours raison. Interview vintage.
Vous êtes journaliste et spécialisée en politique. Pourquoi ce choix ?
A l’époque, à la télévision marocaine, il n’existait pas de spécialisation. Un journaliste était polyvalent. C’est presque par hasard si j’ai trouvé ma voie dans le commentaire politique. Il faut dire qu’à l’époque, la création de 2M était marquée par une grande liberté de ton. C’était très nouveau, non seulement au Maroc, mais également dans tout le monde arabe. C’est cette liberté qui m’a motivée pour aborder le domaine politique.
Étiez-vous militante dans un parti ?
Non, mais si je l’étais, ce serait à gauche. Je ne voulais pas tirer à boulets rouges sur la classe politique, mais il était impératif de redéfinir les rôles. Une démocratie ne peut pas se jouer sans parti politique fort. Il nous faut une élite intellectuelle positive.
Pourquoi voter nécessairement à gauche ?
Parce que je suis partisan de l’équité sociale.
La politique touristique du Maroc a démarrée vingt ans plus tôt. Vous étiez l’une des premières journalistes à soutenir le projet royal.
Cette politique nous inspirait beaucoup d’espoir. J’attendais que Fès et Tanger se développent aussi intensément que l’était Marrakech. C’était un challenge global à réussir dans toutes les villes marocaines. Aujourd’hui chacun sait que l’Agriculture n’est pas suffisante. Trop aléatoire. Le tourisme comme vecteur de développement me paraît toujours primordial.
A quoi ressemblent vos journées ?
Elles ne sont jamais ordinaires. Passionnée par mon travail, je suis très branchée « actualités », accro à l’info de tout ce qui se passe dans le monde. Ainsi, mon monde personnel peut se limiter aux 100 m2 de mon appartement, avec une ouverture importante sur le monde extérieur.
Êtes-vous de nature curieuse ?
Je ne suis pas curieuse des événements anecdotiques et je n’aime pas me mêler de la vie privée des autres. Par contre, acquérir de nouveaux savoirs, de nouvelles informations, oui, cela me passionne. J’aime bien suivre les bons documentaires animaliers. Le monde marin me passionne.
À côté de la Touria journaliste, il y a aussi la Touria peintre.
Je peins depuis longtemps. J’ai commencé par des natures mortes, la meilleure école technique qui soit. Puis, je me suis lancée dans les paysages. Les couleurs et surtout les ciels.
Pourquoi ?
Ils représentent un espace de liberté, d’indépendance. Sur les grands espaces de « ciel », je peux exprimer mes émotions, mes sentiments, à travers des couleurs fortes, intenses.
Vous ne peignez pas d’êtres humains?
Les personnages ne m’intéressent pas vraiment. Il faut savoir que peindre est une évasion et, dans mon cas, la Nature fait office de formidable réservoir d’émotions pures. Mon travail de journaliste ne montre que la face sombre du monde : les guerres, les conflits, les souffrances, les famines, etc. La peinture des spectacles de la Nature me permet de trouver une alternative sereine à cette face sombre de l’humanité.
Parlez-nous de la solitude.
Je tiens beaucoup à mes moments de solitude. Avant de passer une heure avec quelqu’un, j’en passe dix avec moi-même. Il est toujours terrible de se confronter à soi, sans témoins. Je suis pour l’introspection. On apprend à mieux se connaître.
Et en amour ?
Idem. Je tiens à mon jardin secret.
Votre définition du bonheur ?
Être en paix avec soi-même. Serein.
Votre plus grande réussite ?
Être parvenue à cette forme de sérénité.
Difficile de vivre sans contraintes ?
Il est possible de vivre avec un minimum de contraintes. Plus jeune, j’étais assez conciliante et acceptais des relations qui me « bouffaient ». Je ne suis plus à la disposition des événements, ni des gens. J’ai découvert le besoin de vivre pour moi.
Croyante ?
Oui, heureusement ! Pas tout à fait comme je l’aurais souhaité.
En quoi aimeriez-vous revenir sur terre ?
Si c’était possible, en colombe.
Votre plus grand souhait dans les dix prochaines années ?
Voir mon pays continuer à émerger. Voir toutes ces bonnes perspectives se réaliser et ne plus voir aucun jeune mourir dans le Détroit.
V.M.A

