Le palmier marocain, une sentinelle du temps

A Casablanca, il y a palmier et palmier. Le vrai et le faux, le vieux et le tout neuf, le mâle et peu de femelles, celui qui ne produit pas de dattes et celui qui a poussé comme il a pu, entre deux interstices de trottoir. Élancés sur la chaussée, certains ont cent ans et visent à l’immortalité.
Ces palmiers-là, les nôtres, ne font pas tous partie du plan urbain qui a permis la replantation de ces arbres dans le centre-ville. Depuis quelques années, on assiste en effet à des abattages dans plusieurs artères de la ville, doublés d’une replantation sur d’autres sites. Ainsi, la ligne de tramway est désormais bordée d’un corridor de palmiers, qui offre au centre de la ville un
Air pimpant inattendu.
Sa place dans certains textes sacrés, où il illustre la Justice des hommes et sa loi
Certains ont cent ans, trouent les trottoirs et visent à l’immortalité. On croise ces drôles de sentinelles sous la brise matinale qui fait frémir leurs palmes. Bruissements à peine perceptibles. On a tendance à les oublier ces palmiers immobiles ! Il existe un rêve bédouin qui prétend que notre végétal est un arbre qui a les pieds dans l’eau et la tête dans le feu. Le palmier casablancais est issu de cette poétique qui prête aux végétaux l’existence enviée des dieux. Ici, ils ne risquent rien. Personne ne viendra les arracher. Il est même possible qu’à terme, sur ces avenues historiques, on les croise bientôt accompagnés de nouveaux arbres tout neufs.
La diversité bio-végétale du sol casablancais est spectaculaire : palmiers, Washinhtonia, Phœnix-dattiers, ficus, eucalyptus, lauriers rose et blanc… Enfin, la vie du palmier casablancais ne manque pas de piment. Tout le monde en veut. Dans la rue, sur les trottoirs, au coin des parcs, mais aussi derrière la villa, devant la maison, etc. Le trafic explose à Casa. Les vingt ans nécessaires à la croissance de cette plante qui n’est pas un arbre, sont bien longs pour certains qui préfèrent payer le prix fort pour des végétaux grandis ailleurs. Oui, Casa, ce sont d’abord les palmiers. La cité a trouvé sa garde et heureusement elle veille encore. Ils ont tout vu, tout entendu, affronté les vicissitudes de l’instant. Quelques-uns sont morts au combat. Mais les troupes ne faiblissent pas, ils ne se rendront pas. Gardons-les ; Sans eux, Casa ne survivrait pas. Image du beau, de l’élancé, du svelte, le palmier casablancais à l’instar de ses frères tient sa place dans certains textes sacrés où il illustre la Justice des hommes et sa loi. Il est celui qui reste debout, en pleine santé face au déclin de la ville que rien ne protège du temps qui passe. Une sentinelle, en quelque sorte, la seule qui veille ici car, s’il puise ses ressources vitales de l’eau saumâtre stagnant sous la terre, il donne pourtant des fruits suaves.
De l’amertume de ce qui nous est parfois donné à voir sur ces trottoirs usés, naît aussi la douceur. Ils sont partout !
Gérard Fallandry

