Le tatouage marocain, un patrimoine thérapeutique ?

Souvent de couleur bleue, noire ou verte, c’est à l’aide d’une simple aiguille (ou du noir de fumée) que les tatouages marocains, chez les hommes comme chez les femmes, sont depuis des siècles combinés sur quelques basiques : limités à la ligne droite, au zigzag, à la croix, au chevron ou au losange, ils couvrent l’avant-bras, la jambe et même le visage (comme dans la tribu de Ait lisa, ait Mouli et Beni Mtir Sud, dans les montagnes d’Atlas).
Le tatouage marocain n’est pas une obligation. Au sein d’une tribu ou d’un village, on rencontre de vieilles femmes qui ont refusé de se prêter à cette tradition, notamment dans le sud marocain. Selon certains récits, leur peau foncée ne contrastant pas suffisamment avec le tatouage, elles refusaient de s’y plier. Les tatouages d’une tribu ne sont pas forcément identiques ou représentatifs de celle-ci. Le tatouage traditionnel chez les femmes amazighs, est connu sous le nom de « ticrad » en langue amazighe (berbère). C’est une pratique millénaire datant de l’histoire préislamique de L’Afrique du Nord. Elle a disparu au cours du XXe siècle et seules les dernières grands-mères du Moyen-Atlas (par exemple) les portent toujours. Il faut savoir que les femmes berbères sont connues pour leur belle apparence, leurs vêtements traditionnels colorés ainsi que leurs bijoux en or et pierres précieuses… Pour parfaire leurs tatouages, elles utilisent deux techniques différentes : La première consiste à entailler la peau avec le motif désiré. Ensuite, il s’agit de tracer à l’encre sur la partie incisée. Autre version : dessiner le motif à l’encre, puis piquer avec une aiguille en suivant les lignes du motif. Une technique similaire aux tatouages modernes.
Le tatouage, une thérapie ?
Au-delà de sa valeur esthétique, le tatouage marocain est aussi une thérapie dans un contexte de magie spirituelle. Il est alors dessiné en simples cercles ou croix sur une articulation douloureuse ou sur une inflammation quelconque sur le corps. Il aide également à soulager le mal provoqué par le mauvais sort : « Quand le sang a coulé, malheur est passé ». Les symboles de ces tatouages représentent également des talismans liés à la force, la sagesse et la fertilité, ancrées sur la peau. Les carrés, triangles, étoiles ou autres dessins de tatouage ont leur signification et relatent une histoire particulière, liée à la vie d’une femme. Pour exemple : Le signe (+) symbolise l’étoile dont la lumière nous guide dans l’obscurité totale. Le trait vertical représente Dieu et la Création. Le croissant de lune est synonyme du cycle de la vie. D’autres signes, se retrouvent également sur les tapis berbères ou les costumes traditionnels, bijoux et talismans. Aujourd’hui, tant au Maroc qu’ailleurs, le tatouage sur le visage, n’est plus si fréquent, mais il se décline toujours sur les poignets, chevilles et autres parties du corps. La pratique est toujours très contestée dans les sociétés religieuses. Il tient pourtant une place de choix auprès des nouvelles générations qui tentent de recréer un lien avec leurs origines. Ces marques indélébiles du passé continuent à faire vivre une tradition ancestrale.
Dr Ibtissam Haddaji
