Brahim Salaki « J’aime qu’une femme soit capable d’aller avec moi à la pêche. »

La première chose que l’on remarquait chez notre Brahim, c’était son intelligence. Sans préciosité, vigoureuse, saine et ironique. Brahim Salaki fut pendant quelques années le Monsieur Cinéma de Ciné Star, avant de prendre les commandes de la chaîne musicale de 2M. Un jeune patron bcbg ? Pas tout à fait. S’il avait opté pour la cravate, Brahim avait décidé de conserver son âme remarquablement échevelée. Celle d’un artiste, d’un intellectuel et d’un homme bien. Cet entretien a eu lieu quelques années plus tôt. Hommage à lui.
Brahim, vous n’allez pas y échapper. Date de naissance et signe astrologique ?
Je suis Verseau. Février est un bon mois.
Verseau, c’est bien le signe des communicants ?
Il paraît. Les quelques Verseaux que je connais sont des fans de sciences fiction. Quand je m’occupais du cinéma pour 2M, je me suis empressé d’acheter la série X Files. Le mauvais côté du signe, c’est notre passion pour « le gadget ». On se rue sur la première version d’un produit électronique, alors que tout le monde sait qu’il faut attendre au moins la seconde !
Vous regrettez vos années Ciné Stars ?
Parfois. J’ai toujours adoré le cinéma et je continue à voir tout ce qui sort en salle. Je n’ai jamais supporté que l’on me taxe de « critique » cinéma. Je n’ai rien souhaité d’autre que d’être une bonne courroie de transmission pour le public.
Vous ressemblez désormais à un jeune cadre dynamique.
Oui, j’aime bien les métamorphoses. Tout ce qui est nouveau. Un défi, c’est motivant.
Votre look a radicalement changé… Fini le clin d’œil trash ?
C’est vrai. Cela correspondait à un état d’esprit définitivement poétique. J’ai toujours aimé les lieux glauques à la Bukowski. Cela surprenait mon public. Je me souviens, dans un supermarché, d’une dame et de ses deux filles qui poussaient un chariot. Les jeunes filles se sont exclamées : « Regarde, maman ! C’est le gars de Ciné Star ! » La mère a répondu froidement : « Mais qu’est-ce qu’il est mal fringué ! ». Désormais je donne une impression d’autorité administrative, à défaut de l’autorité intellectuelle que te donne une apparence décalée.
Mais, alors, qui êtes-vous donc ?
Les deux. J’adore changer et dans le même temps, quelque chose me retient toujours.
La peur, peut-être ?
Surtout la crainte de rater quelque chose. J’aime bien maîtriser mon environnement. Peut-être par jalousie de quelqu’un qui en saisirait toutes les facettes avant moi et me jetterait aux oubliettes !
Vous êtes un homme plutôt complet intellectuellement ?
Oui, avec une certaine dualité. Une séparation douloureuse entre mes deux êtres…
Qu’est-ce qui vous réconcilie ?
Le cinéma, la musique, la pêche, les animaux. J’adore les bêtes.
Vous en avez chez vous ?
Oui, un dalmatien, un griffon japonais, des tortues, des oiseaux et le chat des voisins. J’aime aussi les plantes et chaque fois que je vais à Paris, je cours sur les quais de la Seine, en face des bouquinistes pour m’acheter des plantes qui fleurissent.
Vous êtes aujourd’hui, un homme heureux ?
Si l’on peut dire. Cela dépend de l’idée que l’on se fait du bonheur. C’est un peu comme avoir ce que l’on désire et regretter un petit peu ce que l’on n’a pas.
Qu’est-ce que vous n’avez pas ?
Un bateau, mais un gros ! Les moyens de voyager loin. C’est très important. Je n’ai pas non plus assez d’espace chez moi pour accueillir davantage d’animaux.
Parlons des femmes…
Mon épouse est différente des relations que j’ai vécues auparavant. Le célibat est un état « mortel ». Tu rentres à 3h du matin, tu pousses le bouton de la musique, tu n’as de compte à rendre à personne… je vivais un peu ce que tu appelles ma période « trash ». Jusqu’à ce que je l’aie Rencontrée. C’est grâce à elle que je porte désormais la cravate. Â la chaîne, tout le monde a rigolé. J’avais envie de faire plaisir à ma femme. Bon, nous vivons tous dans une société où l’apparence, la vitrine, la façade, sont terriblement importantes. Les types se lèvent le matin et préparent leur mise en scène pour la journée. Cela me rappelle une raillerie marocaine bien connue sur les femmes qui vont s’acheter un petit bijou. Les hommes font pire. Ils achèteront un truc signé, vraiment cher. Le goût du plaqué or appartient également aux hommes !
Conclusion…
Personne ne s’amuse plus. Les petites fêtes entre copains ont viré réunions mondaines, où les copains exhibent leur plus belle chemise blanche. C’est assez normal, nous sommes des gens du Sud. Les Italiens de l’Afrique.
Quelles sont les qualités qui te paraissent importantes chez les femmes ?
Le naturel. La sophistication ne me touche pas. J’aime qu’une femme soit capable d’aller avec moi à la pêche, marcher dans la gadoue. Quelqu’un qui ait des goûts simples et généreux. Pas une femme qui m’empêcherait de marcher sur le tapis du salon. Je veux vivre dans toutes les pièces et rester vrai !
Votre écrivain favori ?
J’ai lu dernièrement Les trois mousquetaires. Je ne sais pas si c’est politiquement correct ou totalement ringard. Pire encore, je reprends les cours de philo des livres de terminal de ma sœur. Quand je tombe sur Kant, je m’y arrête, même si c’est plutôt une prise de tête… (il rit).
Si vous ne viviez pas au Maroc, où habiteriez-vous ?
Dans un petit village du nord de la France, du côté du Pas-de-Calais. J’aime les villageois que l’on appelle péjorativement « les beaufs ». Ils sont sympas. Je préfère ces gens-là à la sophistication des Parisiens ou des Casablancais. Auprès des « beaufs », on retrouve des sentiments vrais. Le type n’est pas hypocrite. S’il ne peut pas le blairer, il va te le dire illico…
Votre vêtement fétiche ?
Un vieux costume vert que j’ai acheté à 2M. Je l’avais porté pour mon premier passage à la TV. Vert, tu te rends compte ! (Il rit).
Vous l’avez porté depuis ?
Une seule fois. Il me rappelle le trac des débuts.
Votre plus grand défaut ?
Je suis têtu.
Votre qualité principale ?
La ténacité.
Sous quelle forme reviendrez-vous après votre mort ?
Je reviendrai en oiseau. Un grand, de préférence, pour ne pas être bouffé par les petits. (Il rit)
V.M.A

