Xavier Guerrand-Hermès

« J’ai eu un coup de foudre pour le Maroc »
Un homme d’affaires qui serait également un mystique doublé d’un amoureux des arts, c’est la combinaison peu commune qui caractérise l’homme. Né d’une dynastie connue comme l’une des plus prestigieuses au monde dans l’univers du luxe, Simon Xavier Guerrand-Hermès est aussi un inconditionnel du Maroc. Il nous explique ici son goût pour le magique Royaume.
Vous avez découvert le Maroc il y a plusieurs années. Comment s’est passée la rencontre ?
Le Maroc a toujours été considéré dans ma famille comme un endroit très spécial, très beau, avec une lumière et des couleurs qui ne se trouvent nulle part ailleurs. Dans les années 80, j’ai reçu une invitation de M. Thierry Beaucé, Responsable de la culture française au Maroc, et j’ai eu un coup de foudre. J’ai voyagé dans des centaines de pays dans le monde, j’ai fait le tour de l’Himalaya, mais il existe au Maroc une intégrité qui appartient à la terre et qui me semble unique. Il y a très peu de civilisations et de lieux où l’on a l’impression que ce décor façonné par les années, soit aussi bien intégré. C’est rarissime.
Quel est l’élément qui a été décisif, à l’époque, dans votre choix d’élire votre résidence principale à Marrakech ?
Mon frère aîné, Patrick, habitait Marrakech depuis de nombreuses années. Il m’a invité à l’occasion d’une fête émouvante, qui était l’allégeance du Roi. Ce moment où l’on donne le pouvoir à la fois religieux et intemporel m’a donné une vision de la continuité, du respect des valeurs et des traditions qui, à notre époque, sont une force. Puis, j’ai découvert, toujours grâce à mon frère, une maison qui avait été abandonnée, mais où tous les vestiges et les qualités du passé étaient présents et je suis tombé sous le charme. J’ai toujours eu un rêve orientaliste et je ne pouvais pas trouver mieux. »
C’était là votre première aventure immobilière au Maroc…
Oui, c’était une maison qu’il fallait rénover, réhabiliter et transformer pour un usage moderne. J’ai beaucoup travaillé avec un architecte, un homme d’une immense finesse, d’une grande intégrité, d’une grande connaissance et d’un savoir ancestral pour tout ce qui touche à la construction. Il s’appelait Abdelkhani Benkirane. Nous avons développé une forte amitié et c’est avec lui que j’ai appris à découvrir les métiers artisanaux, spécifiques au Maroc.
A l’origine HERMES, plus qu’un accessoire de luxe féminin, est une illustre sellerie. Quelle est la place du cheval dans vos activités ?
La tradition perdure. Notre premier client Hermès, a été le cheval. C’est une marque qui, à l’époque, avait déjà l’obligation d’être esthétique et très solide car la vie dépendait pour beaucoup de ces harnais et de ces selles. Nous faisons des efforts énormes pour continuer à développer cette qualité que l’on trouve malheureusement de moins en moins. C’est cela la philosophie Hermès. Pour obtenir la qualité désirée, nous avons réalisé des actions invraisemblables : pour des cuirs, nous avons créé nos propres élevages ; et comme l’on ne trouvait plus de gens qui la tissaient assez bien, nous avons tissé également notre propre soie. Désormais, c’est également : nous qui l’imprimons. Nos produits, carrés, cravates, parfums… idem.
Vous êtes un collectionneur, vous aimez les musées, les galeries d’art…
Oui, c’est une maladie et si je pouvais trouver un vaccin à cela, je serais l’homme le plus heureux du monde. L’Art est l’expression la plus importante et la plus élevée de l’être humain. C’est celle qui transcende les difficultés, les petitesses qui donnent à la vie cette notion que nous n’avons jamais fini d’apprendre. Il y a toujours quelque chose à regarder, ce qui permet de rester jeune et curieux.
Le soleil se couche sur la Koutoubia, c’est l’heure de la prière. Vous reste-t-il des rêves d’enfants à réaliser ?
On a toujours des rêves, Dieu merci ! Dans mes songes favoris, j’aimerais comprendre pourquoi la nature humaine ne se satisfait jamais de ce qu’elle a. Je pense que c’est dans la connaissance, non seulement de l’autre, mais aussi du divin, de Dieu, qu’il faut essayer de trouver cette substance qui permet d’équilibrer envies, réels besoins et réalité. Il existe une phrase merveilleuse qui dit : « Il faut rêver sa vie et vivre son rêve ». Ceux qui parviennent à concrétiser cette maxime sont des gens heureux. C’est là une belle perception de l’existence. »
A.T – Journaliste people
Février 2005

