Habiter son désert

Si l’Homo Urbanus n’y voit qu’une immensité d’aventures et de plénitude, le désert marocain oblige à quelques présentations d’usage.
Si le désert était du signe de la Terre, il serait une frontière de 416 474 ² km Maroc intra-muros. Un socle aride sous forme de vagues de sable aux tonalités joueuses avec la lumière. Le sable, mais pas seulement. Des millénaires de sédimentations font la part belle aux géologues qui viennent en étudier les variables. Deux régions dessinent fortement le désert au Maroc : l’Erg Chebbi et l’Erg Chigaga. “Erg” signifiant “champ de dunes”, étendues de sable sculptées par les vents. Nombreux sont les espaces dans le désert marocain qui accueillent un tourisme culturel, personnalisé ou encore, deviennent des circuits sportifs le temps d’un événement couvert par les médias internationaux. D’apparence immobile mais toujours en mouvement d’où le nomadisme originel des humains, il accueille tous les vents, découvreurs, aventuriers, événements et autres avec grâce. Mais gare à ceux qui oublient que c’est lui, l’hôte. Solide et sublime.

Crédit photo : Moaz Tobok
Si le désert marocain était du signe du Feu, il serait à son aise. S’il est bien un espace qui a su s’adapter au réchauffement de sa zone terrestre, c’est bel et bien lui. Le temps y autre, les vêtements ont un rôle de protection: du fameux cheich autour du visage, Melfa pour les femmes et Dahrâa afin de protéger le corps des rayons du soleil, du sable et autres joyeusetés telles que des scorpions qui provoquent, a minima, d’inoubliables brûlures. Plus sympathique, le poisson des sables sympathise volontiers avec l’humain. Dans la tente ou chaîma, la femme est la gardienne du feu ce qui consacre son pouvoir. Matriarcal le désert marocain? Oui, dans ses coutumes. S’il ne faut jamais rien préjuger dans le désert, reste que l’incendie naturel est rare, biotope oblige. La chaleur est partout mais pour peu que l’on suive le rythme d’une journée où le sommeil s’en écarte alors elle n’est jamais écrasante lors d’activités nocturnes et matinales. Hot et enveloppant.

Crédit photo : EyeEm
Si le désert était du signe d’Eau, il serait plutôt caché. Malgré “les lacs de retour” mêlant nappes d’eau et dunes créant un contraste inédit dans le sud-est suite à des précipitations sur un sol trop asséché en octobre 2024, le désert marocain est un lieu aride. Si les oasis jouent un rôle majeur, les humains comme la faune savent que l’eau est souterraine et qu’il faut creuser près d’un lit de rivière asséchée jusqu’à en former de sublimes grottes à visiter. Traditionnellement, toitures et réservoirs récupèrent l’eau de faibles précipitations annuelles pour les personnes nomades ou sédentarisées. Néanmoins de nouvelles technologies viennent bousculer quelque peu les habitudes ancestrales. De nouvelles entreprises installent des “collecteurs de brouillard” où les gouttelettes sont récupérées par un maillage pour être collectées dans un réservoir. Une eau pure et propre à la consommation. Rare et inestimable.

Crédit photo : FAROUK BATICHE
Si le désert était un signe d’Air, il serait le ciel, toit ouvert vers l’infini sur une étendue immense. Deux miroirs inversés aux couleurs somptueuses de l’aurore au crépuscule. Le désert est le lieu des formes en mouvement, des camaïeux, de jeux d’espaces infinis, d’une illusoire solitude qui ont ravis tous les genres artistiques depuis la littérature de Paul Bowles à Mohamed Khaïr-Eddine, les arts plastiques de Nicolas de Staël qui croque les sahraouis et “leurs habits bleus qui semblent faire partie du ciel” aux installations in situ de Jean Verame et le 7ème Art pour qui la ville de Ouarzazate a conçu des studios aux normes internationales. Côté stellaire, les amateurs d’astronomie sont pour le moins comblés, notamment avec le site des Dunes de Merzouga. Source d’inspiration éminente, le désert offre une épure qui autorise toutes les réinventions de soi en harmonie avec les éléments. Ce sentiment d’unité intérieure n’aura pas échappé à Ernest Renan pour qui “Le désert est monothéiste” ni aux adeptes de toutes les retraites détox-ashtanga yoga. Édénique et méditatif.
Géraldine Dulat. Journaliste spécialisée en Objectifs de développement durable.

