Amina Slaoui « Je suis capable d’envoyer tout balader pour préserver ma vie privée. »

Amina Slaoui « Je suis capable d’envoyer tout balader pour préserver ma vie privée. »

Amina Slaoui est une battante qui milite inlassablement pour les droits des personnes handicapées au Maroc. Elle a créé et dirigé moults projets concrets, afin de permettre leur intégration. Elle s’est mobilisée pour le changement législatif et a initié divers partenariats de haut vol sur la base de la Charte de l’inclusion qui lui tient à cœur. Nous l’avons rencontrée quelques années plus tôt et elle a répondu avec franchise et simplicité à nos questions indiscrètes. Nous en sommes sortis éblouis. Interview perso.

A part votre engagement pour les droits des personnes handicapées, quelles sont vos autres passions ?
Le défi et les bonnes choses. Les voyages lointains et aventureux…

Sous la tente ou sous un 5 étoiles ?
Les deux. J’aime tout ! Mon handicap n’a rien arrêté du tout. J’avais deux enfants auparavant, j’ai eu deux enfants après, et j’ai continué à voyager.

Après l’accident, il vous a fallu du temps pour retrouver votre force intérieure ?
Les yeux à peine ouverts sur mon lit d’hôpital, j’ai dit à mon père : « Je vais faire un gosse ». Il a cru que j’étais devenue folle. Il m’a dit « Ça va pas ! » Au deuxième enfant, il m’a dit : « Alors là, non ! » Ce que je peux dire, c’est que mes parents, les pauvres, ont eu beaucoup de stress ! (Elle rit).

Quel panache… 
Non, pas du tout. A ce moment, j’ai eu la chance d’être portée par une vague d’énergie. Je recevais, aux Etats-Unis où j’étais hospitalisée, une trentaine de messages par jour, postés de partout. Ça m’a beaucoup aidée. 

Puis, vous êtes rentrée au Maroc …
Toujours une chance incroyable. J’avais une maison adaptée, des amis extraordinaires, avec qui l’on improvisait des stages de « retour sur soi ». Tant de chaleur m’a rendu la pêche !

Le plus dur pour « l’après » ?
La reconstruction. Après l’accident, l’image de soi change. La perception de l’extérieur est également transformée puisque mon regard sur les choses et les gens reste à la hauteur de mon fauteuil. Ça change beaucoup de choses. 

Et le regard des autres sur vous est-il également différent ?
Tout dépend de l’image que vous renvoyez. L’attitude des autres est toujours calquée par ce que vous transmettez de vous-même. Je pense que si mon handicap est toujours présent, en aucune façon il n’est la définition de ce que je suis. Je pense que les gens le comprennent au premier regard. Pour en revenir à votre question précédente, il y a quelque chose pour moi qui fut plus douloureux : tout refaire pour la première fois. Il m’a fallu plus d’un an pour tout réapprendre avec mes nouvelles données. 

Après l’accident, quelle est la perte la plus difficile à accepter ?
Bizarrement, ce n’est pas la perte de la mobilité. C’est plutôt l’insensibilité. Oui, le plus difficile c’est cela. Un jour je me suis brûlée au troisième degré dans un jacuzzi, sans même m’en apercevoir.  J’ai dû rester trois mois au lit pour me soigner. Là, j’ai pleuré. 

Et quel fut le « gain » pour vous ?
J’ai gagné en détermination. J’ai compris que l’on peut tout surmonter et que des mécanismes de compensation se mettent en place, si bien que les manques laissent place à de nouvelles fonctions en soi que l’on ignorait auparavant. L’être humain est plein de ressources. Ça je ne le savais pas avant. 

Étonnant…
Oui je suis parvenue à faire de ma force une faiblesse ! Heu, c’est l’inverse…

Beau lapsus… 
Reprenons et disons simplement que la vie continue. 

Quels sont vos pires défauts ?
L’impulsivité et l’impatience. La nervosité parfois. 

Et vos qualités principales ?
La loyauté et l’empathie. Je prends beaucoup de plaisir à aider les autres. 

Quand vous avez envie de partir en courant ?
Je le fais ! Je largue tout le monde et je pars me ressourcer en pleine solitude. Mais, le problème dans mon cas, c’est de parvenir à gérer ma propre solitude.

Et vous n’avez jamais peur ? 
Non. Au contraire. Jamais personne au Maroc ou ailleurs ne m’a jamais molestée, agressée. Le fauteuil n’est qu’un accessoire, au début je le détestais, aujourd’hui non, je le prends pour ce qu’il est. Un objet utile. 

On m’a dit que vous êtes restée toujours aussi casse-cou et téméraire. 
C’est la vérité, je vais partout à cheval, j’adore. En montagne, à dos de mulet…

Votre époux doit être furieux…
Au contraire ! Il est pire que moi. Nous sommes partis à trois en Chine, avec un ami. Il a grimpé les 153 marches d’un temple avec moi sur son dos… 

V.M.A

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