Safi, La ville aux fraternités multiples

En réalité, il y a peu d’écrits sur la création de Safi car on sait peu de choses sur ses origines. Comptoir Phénicien s’il faut en croire le géographe Ptolémée, puis, probablement fréquentée plus tard par les Romains, elle apparaît dans les textes arabes sous le nom d’Asfi, à partir du 11ème siècle, c’est alors un petit port d’intérêt local.
Safi (Hadirat al Mouhit) ou la Cité de la mer environnante, selon l’expression d’Ibn Khaldoun, était un port de Marrakech qui entretenait des relations directes avec l’Andalousie et se présentait sous forme d’un espace fortement urbanisé, doté, notamment, d’importantes fortifications et d’une grande mosquée centrale, laquelle étaient rattachées à de nombreuses institutions. Constituée de deux entités urbaines, la ville s’enrichit, au XIVe siècle, d’une medersa, édifiée par Aboul Hassan Al Marini, d’un hôpital et de nombreuses autres institutions, comme une qaysaria, un mohtasseb, etc. Au fur et à mesure que Safi s’impose comme une grande place d’échanges, commerçant avec Gènes, Séville, Marseille, etc. A la fin du XVe siècle, la pression portugaise s’accentue, et aboutit à l’occupation de la ville qui va durer 32ans de 1509 jusqu’à sa reprise par les Saadiens, en 1541. Safi était alors la principale place portugaise fortifiée pour le contrôle de la région maritime, s’étendant jusqu’à Marrakech.
Aujourd’hui, une ville industrielle
Au niveau économique, Safi est caractérisée par la présence de L’OCP, le leader mondial de la transformation du phosphate, qui a implanté sur environ 1500 hectares, plusieurs unités industrielles spécialisées dans la production des acides, des engrais et des aliments de bétail et de volaille. D’autres industries se sont installées : la transformation des fertilisants, la production du ciment, la valorisation du gypse et de la barytine, en plus des dizaines de PME et PMI qui gravitent autour des donneurs d’ordre industriels installés sur le territoire. C’est une nouvelle cité industrielle qui se dessine et qui englobera un hub phosphatier international, avec un minimum d’investissement de 30 milliards de DH, avec une centrale thermique, un nouveau port, une zone logistique et une zone industrielle… La pèche et la poterie caractérisent également Safi. Grâce à son musée de céramique qui conserve les plus beaux articles d’histoire de la ville, celle-ci vient d’être nommée Capitale de la céramique par l’UNESCO. À ces richesses ancestrales, s’ajouteNT les plus belles plages de l’Atlantique qui permettent de pratiquer toutes sortes de sports nautiques.
L’origine hébraïque du nom de la ville
L’ancienneté de l’origine de Safi et les mystères qui l’entoure nous mettent devant un fait historique curieux : c’est la dérivation de son nom d’un mot hébreu ASSAFA qui veut dire : rassembler. Le nom ASSAFI veut dire : l’assemblée, le conseil… Simon Levy, le fameux historien, a signalé dans son livre «la communauté juive de Safi, histoire de la province de Safi» que cette appellation vise l’ensemble de cette communauté. Timoule Abdelkader va plus loin en disant que la ville était depuis longtemps « une ville juive » et que l’islamisation a pris du temps pour y exister.
Des israélites vivant hors des mellahs
Avant de mettre la lumière sur cette histoire, il est primordial de souligner que les juifs de Safi vivaient au sein des populations, à l’inverse des autres villes marocaines comme Marrakech et Essaouira où ils vivaient dans des mellahs. Les juifs safiots de l’époque étaient de pure souche amazigh en raison de leur noms amazigh comme : Amzallag, Melloul, Wizman,….Une partie des juifs de Safi indique qu’ils sont venus de régions lointaines comme Aflou de Tafilalet. Une autre partie de ceux-ci portaient des noms ibériques d’origine espagnole ou portugaise comme les familles : Cabeza, Cadida… Parmi ces familles, il y a les Ben Zmirou qui ont quitté le mellah de Fès vers Safi, sachant que Safi à cette époque était le grenier le plus florissant de la région, avec un port actif et ouvert aux transactions internationales. Les Ben Zmirou ont probablement pour origine une dynastie de médecins et fermiers fiscaux qui avaient vécu à Séville entre le XIIIe et XVe siècle. Abraham le chef de la famille (philosophe médecin) ayant une grande connaissance en judaïsme et en loi islamique ainsi qu’une bonne maitrise des langues espagnole, portugaise et arabe, était très respecté par la population safiote. Des conditions qui ne peuvent qu’aboutir à un pouvoir et à une paix entre les juifs, les portugais et les Saadiens, à l’intérieur de Safi, à cette époque. La construction d’un sanctuaire est aujourd’hui reconnue comme lieu de pèlerinage et de bénédiction pour toutes les religions à Safi (le sanctuaire Benzmirou) qui continue à rassembler des milliers de juifs du monde qui viennent y raviver leur mémoire.
Docteur Ibtissam Haddaji

