Bahaa Trabelsi, l’inclassable

La plume aussi flamboyante que ses cheveux, Bahaa Trabelsi n’a pas peur des mots, ni d’appeler un chat, un chat, ni de vivre, ni de rien du tout d’ailleurs… Esprit intelligent et libre, elle promène sa foi en Dieu, là où on ne l’attend pas : dans les lieux glauques ou sertis de velours. Toujours en attente de ce qui est humain, le seul sujet sur lequel elle est intarissable. Son manque d’hypocrisie et son humour lapidaire la classe évidemment parmi les inclassables. La seule place finalement acceptable pour un vrai écrivain.
Vous ne portez jamais de jugements de valeur ?
Non, jamais.
Pas moraliste pour deux sous…
Moi, moraliste ? Pas du tout. C’est d’ailleurs à cause de cela que l’on me pense anticonformiste, un peu marginale. Il est vrai que je ne m’inscris guère dans les choses normatives. Je ne suis pas très intéressée par les groupes sociaux et les codes en vigueur.
Quel intérêt peut donc présenter le misérable et seul individu ?
Son propre potentiel. L’humanité c’est exactement cela : se construire seul, sans porter atteinte à la liberté d’autrui. Et sans provocation inutile.
Tu es rousse et flamboyante…
Oui, aujourd’hui, j’assume complètement la couleur naturelle de mes cheveux. Je suis une vraie rousse. Avant, je portais une teinture « chatain » parce que j’avais du mal à assumer cette originalité. Trop ostentatoire. Dans la famille de mon père, nous sommes roux sur toutes les générations.
Plutôt diabolique…
Oui, je l’accentue parfois de quelques reflets très rouges.
Tes livres sont souvent des best-sellers au Maroc et traduits en Europe. Tu as le don de relever ce qui paraît au plus « bas ». Du glauque au grand chic, tu navigues sans heurts.
Oui, parce que je me balade selon mon cœur. Je me fiche des espaces réservés, des confréries, etc. Seuls les êtres m’intéressent.
Avec une nature plutôt cynique…
Oui, je peux l’être terriblement. C’est d’ailleurs un frein par rapports à certains élans que je peux avoir. En ce qui me concerne, ce n’est pas toujours positif.
En recherche d’une certaine pureté des choses, peut-être ?
Bien sûr. Dans mon rapport aux autres et dans ma foi.
Ta foi en quoi ?
En Dieu. Ça t’étonne ?
Un peu, j’avoue.
Pourtant, j’ai un super rapport avec Dieu. Sa présence est palpable, je le sens très souvent près de moi.
Et le diable dans tout ça ?
On dit, n’est-ce pas, qu’il est également fils de Dieu.
On dit qu’avant la Chute, il était le plus beau des anges…
Ça ne m’étonne pas.
Certaines choses sont sacrées, Bahaa ?
Oui. On ne touche pas aux enfants, leur faire du mal. Les sacrifier au profit d’autres choses. On ne touche pas non plus aux parents, ni à l’amour dans tous les sens du terme.
Tu es très famille ?
Oui, j’ai un fils, adulte aujourd’hui. Il est l’amour de ma vie.
Ton objectif futur ?
Je n’en ai pas vraiment. Je vis à côté de la mort. On se raconte beaucoup d’histoires, frétillants d’illusions, et puis, paf, on meurt. Qu’est ce qui reste ? Un objectif de vie, simplement humain : se rapprocher des autres, ceux que l’on aime.
Aïe, j’ai l’impression d’interviewer Mère Thérèsa…
Mais, non. Ce sont vraiment ces choses-là qui me font vivre. C’est la tendresse qui manque le plus dans ce monde.
Tu préfères la tendresse à la passion ?
Bien sûr. Qui dit passion, dit sortir de soi, perdre ses repères. Il n’est pas difficile de tomber en passion. Ce qui est très difficile par contre, c’est de garder ses repères, son « Moi » complet et d’aimer l’autre pour ce qu’il est. Avec tendresse.
Quid de la pornographie ?
Bah, tout ce qui est érotique est proche du vivant. J’aime la vie et le registre des plaisirs qu’elle offre.
A part l’amour physique, qu’il y a-t-il de bon dans la vie ?
L’amitié. L’art et la création sous toutes ses formes. Je peux tomber en extase devant la beauté d’un livre, d’une toile, d’un film…
L’intolérable pour toi ?
Le mensonge, l’abus de confiance et l’abus de pouvoir.
Pourquoi dors-tu si peu ?
Parce que je travaille beaucoup. Je suis journaliste mais aussi écrivain. De plus, je sors beaucoup.
C’est difficile… Pas du tout. C’est un rodage, une vraie organisation. Et ça marche !
VMA

