« Le Maroc est une terre d’accueil incontournable pour le cinéma. » Alexandre Arcady

Attaché au Maghreb, Alexandre Arcady a connu l’exil forcé des pieds noirs d’Algérie. Son œuvre est empreinte de nostalgie et de tolérance.Souvent revenu à la comédie, le réalisateur est bon public et aime rire : « Quand on tourne un film porteur de tendresse et d’émotions, c’est très agréable d’en être le premier spectateur. » Nous l’avons rencontré à Marrakech.
Tout d’abord comédien, puis metteur en scène, parlez-nous de vos débuts.
Ce sont ceux d’un garçon qui se cherche. J’avais vingt ans, je voulais être acteur, mais j’avais surtout envie d’être proche du spectacle et d’aborder à la fois la scène et les spectateurs. J’ai démarré l’aventure au théâtre de la Ville, c’était un apprentissage exceptionnel avec un théâtre qui s’ouvrait. J’étais à la fois
jeune acteur et assistant réalisateur.
A treize ans, vous subissez l’exil des Français d’Algérie qui a donné le ton de votre carrière de réalisateur. Un sujet que l’on retrouve dans beaucoup de vos films, dont Le Coup de Sirocco.
Maintenant, quelle place tient l’Orient dans votre vie ?
Avant que vous arriviez, j’étais en train de penser à une chose à laquelle je n’avais pas songé. J’ai quitté
l’Algérie en 1961, et dix ans plus tard, en 1971, j’ai monté un spectacle en Algérie d’après Un Eté de
Camus. Cette même année, j’ai connu le Maroc, d’une façon étrange puisque c’était en auto-stop,
faisant escale à Oran, Oujda et Tanger pour atterrir à Cabo Negro. Mes rapports avec le Maghreb et la
Méditerranée sont très intenses et très intimes, liés à cette double appartenance à l’Orient et à
l’Occident. Je suis un enfant de ces deux contrées. Dix ans après cet exil forcé, presque naturellement, le souffle du désir m’a porté vers un pays de substitution qui était le Maroc. Et depuis j’entretiens des
relations très privilégiées avec ce pays. La première ville que j’ai véritablement découvert au Maroc, c’est
Tanger, et ce n’est pas par hasard que j’y ai tourné deux de mes films. La rupture avec l’Algérie a été dure, et les rapports sont toujours plus difficiles, mais avec le Maroc, il y a eu une relation magnifique, dès le départ.
Vous êtes souvent venu tourner au Maroc ?
Oui, j’ai beaucoup tourné au Maghreb. J’ai fait quatre films au Maroc.
Dans vos réalisations, vous êtes très attaché aux thèmes du racisme et de l’antisémitisme. Oui, je suis respectueux de ce qui se passe autour de moi et effectivement, je ne peux pas rester insensible face à l’injustice. Je fais un métier qui me permet de raconter des histoires et si je peux à la fois y mettre ces éléments de révolte et de réflexions, je le fais naturellement, mais je ne suis pas un cinéaste militant. Mes films sont empreints de cela parce que tout artiste est préoccupé par ce genre de choses mais je ne fais pas de pamphlets politiques sous prétexte de sujets sociaux à développer. C’est à l’intérieur de mes histoires que ces thèmes sont abordés.
Un petit mot concernant le Maroc et le cinéma…
Le Maroc est un pays formidable. Quand on me pose des questions sur les tournages au Maroc, je suis un fervent défenseur du Royaume. Il existe d’énormes possibilités d’y inscrire l’industrie cinématographique. D’abord, il y a des paysages exceptionnels, ensuite parce que les infrastructures s’y développent bien. Je me souviens des difficultés que je rencontrais, il y a plusieurs années, sur le plan administratif. C’est grâce au Prince héritier de l’époque, à sa Majesté Mohammed VI aujourd’hui, qui a pris conscience de l’importance de l’industrie du cinéma dans un pays comme le Maroc. Ce sont des rentrées énormes et c’est important pour le Royaume. Mais la concurrence est plutôt rude, en Roumanie et en Afrique du Sud. Le Maroc est loin devant, mais les prix proposés par les sud-africains sont plus de 20 % inférieurs au Maroc. Sur l’un de mes derniers films, il a fallu batailler pour faire prévaloir que le Maroc avait des avantages artistiques importants. Je pense et j’espère que le Maroc va longtemps rester une terre d’accueil pour le cinéma.
V.M.A

