« Je suis comme je suis, c’est à prendre ou à laisser. » Mouna Fettou

« Je suis comme je suis, c’est à prendre ou à laisser. » Mouna Fettou

Une certaine douceur, relevée par le piquant de l’intelligence, la célèbre actrice est spontanée et parfaitement naturelle. On se souvient des savoureux Un amour à Casablanca, de Abdelkader Lagtaâ. A la recherche du mari de ma femme… et tant d’autres classiques qui nous ont enchantés. Mais dans la vraie vie, Mouna n’est pas du genre à jouer la comédie ! Nous l’avons rencontrée.

Mouna, quelle petite fille étiez-vous ?

J’ai eu une enfance un peu particulière. Quand je suis venue au monde, après une première fille, mes parents attendaient un garçon. Celui-ci est arrivé après moi. J’ai alors eu le sentiment que ma position dans la fratrie n’était pas la meilleure. Ni aînée, ni garçon, faire ma place n’était pas facile. De plus, n’étant jamais malade et obtenant de bons résultats scolaires, mon entourage avait tendance à ne pas se préoccuper beaucoup de moi puisque tout se passait bien.

Votre vocation d’actrice est née à cette époque ?

Certainement. Je me sentais marginalisée, malgré ma forte personnalité. Je voulais plaire, prouver mon existence, me retrouver sous les feux de la rampe. Le métier d’actrice est devenu pour moi une évidence. Précisons qu’avec le recul, je me rends compte que le sentiment de frustration que je ressentais petite fille, n’avait pas de raison d’être. J’ai compris plus tard que j’étais très aimée de mon père et qu’une grande complicité avec ma mère était possible. Tout cela pour vous dire que, jeune, on se fait parfois de fausses idées.

Jeune fille, quelles études avez-vous suivies ?

J’ai été très vite rattrapée par le théâtre. J’ai obtenu mon bac, mais je n’ai pas poursuivi d’études universitaires au grand désespoir de ma mère qui s’inquiétait pour mon avenir. Elle était très à cheval sur les principes conventionnels et ne rêvait pas pour sa fille d’une carrière artistique. Mon père était moins rigide. Et puis les succès sont arrivés : après la sortie de Un amour à Casablanca, j’ai vu qu’il était fier de moi.

Quel autre job auriez-vous pu exercer ?

Adolescente, je me rendais aux tribunaux avec quelques amis pour assister aux audiences. Je trouvais cela passionnant. J’aurais pu faire une bonne avocate ! Et entre le métier d’acteur et celui d’avocat, la différence n’est pas si grande. Il s’agit de jouer une comédie.

Dans la vie, vous jouez également ?

Non, pas du tout. C’est l’inverse. Il faut savoir que jouer au cinéma, c’est se mettre dans la peau d’un personnage. On ne joue plus, on ressent. On vit à travers une autre personne. C’est beaucoup plus élaboré et profond que les petites comédies que l’on se joue dans la vie quotidienne, pour lesquelles je suis vraiment mauvaise.

Vous êtes d’une spontanéité à toute épreuve…

Je suis surtout exagérément sincère. Nous vivons dans une société qui aime le paraître et l’artifice. Je sais que parfois, j’ai été mal jugée par rapport à certains de mes propos et de mes gestes.

Et ?

Et cela m’est égal. Je ne vis pas pour faire plaisir aux autres ou me conformer à l’image que l’on veut avoir de moi. Je ne fais aucun effort. Je suis comme je suis, c’est à prendre ou à laisser.

Êtes-vous une grande mondaine, comme souvent les actrices ?

Non, je suis une amoureuse de la culture. Je suis avec passion les festivals musicaux. Je sors en famille au cinéma ou ailleurs.

Vous êtes une femme plutôt rebelle…

Rebelle mais pas féministe. Rebelle contre le faux.

Et pourquoi pas féministe ?

Parce que je n’aime pas le mot. Je connais évidemment, pour les vivre au quotidien, tous les problèmes qui touchent les femmes. Pourtant, je n’oublie pas l’essentiel car je suis convaincue qu’une femme doit rester une femme avec les qualités que Dieu lui a données : son intelligence, sa capacité de séduction, sa force dans la maternité. Le terme d’égalité n’est pas très clair. Entre les femmes et les hommes, nous sommes faits pour nous compléter.

Je suis un peu abasourdie…

Je vais m’expliquer plus avant. Je suis évidemment partisane de l’égalité des droits devant la loi. Il est évident que femmes et hommes sont égaux devant la loi. Il est vrai que les hommes arabes ont longtemps abusé de leur pouvoir. C’est moins vrai aujourd’hui. Dans un monde parfait, nous devrions toutes et tous vivre nos différences en toute liberté.

Qu’est-ce donc qu’un homme arabe ?

Dans sa tête, un être plutôt macho qui aime bien tenir les rênes. Je pense que c’est une spécificité arabe.

Cela peut être séduisant.

Oui, jusqu’à un certain point. Il existe certaines limites où les femmes devraient pouvoir avoir le choix d’accepter ou de refuser.

Comme artiste, quel est le rôle idéal pour vous ?

Cléopâtre. Une femme belle et brillante. J’ai également une prédilection pour les personnages mythiques comme Médée.

Effectivement, de sacrées femmes…

Oui. Et qui n’ont jamais rien abandonné de leur féminité.

V.M.A

SHARE

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *