Qui est vraiment le très secret Ahmed Ghayat ?

Qui est vraiment le très secret Ahmed Ghayat ?

Débarqué au Maroc de son Paris natal en 2002, son visage et son nom s’étalaient alors dans la presse marocaine. Le pays s’interrogeait. Mais qui est-il ? Pourquoi cet étrange retour aux sources ? Malgré sa simplicité apparente, on apprenait que le nouvel arrivant sur la scène publique avait été pendant des années le Conseiller de deux ministres français, dans le gouvernement de cohabitation où Jospin était Premier ministre et Jacques Chirac, Président. On connaissait aussi son militantisme de la première heure en faveur de la jeunesse immigrée défavorisée, ainsi que son goût pour le terrain. 

Son arrivée au Maroc a suscité quelques suspicions. Après réflexion, peut-être fallait-il se méfier d’Ahmed Ghayat ? Car du loup, il a la force solitaire, la ténacité et le goût du risque. Mais, à l’inverse, il ne dévore pas les agneaux. Il les protège. Et il a toujours besoin de nous, la société civile, pour l’aider à donner le goût de l’avenir aux jeunes du Maroc. Son parcours n’est pas anodin. La France lui a d’abord fait confiance, lui confiant un rôle clé dans la politique du pays. Le Maroc a pris le relais. 

Parmi les promoteurs de la marche des beurs

Graine de Barbès, Ahmed est tout jeune quand il se destine à une formation d’éducateur de rue. En 1985, adolescent et seul Marocain parmi les jeunes algériens, il est « Un OVNI parmi les beurs », résumait Driss Yazami à l’époque. Le jeune Ahmed participe à la première « marche des Beurs », initiée par neuf jeunes Maghrébins Algériens, fils de harkis. Ils sont donc partis à 9 et se sont retrouvés 150 000 sur la place Montparnasse. Le soir même, François Mitterrand, le Président de l’époque, accordait la carte de séjour pour 10 ans. Comme le dit Ahmed, encore étonné, trois rencontres extraordinaires furent décisives dans sa vie : la première fut Daniel Vaillant, maire du XVIIIe arrondissement, devenu ministre de l’intérieur. La seconde fut Martine Aubry, à l’époque présidente de la Fondation « Agir contre l’exclusion » et enfin Elisabeth Guiguou, native de Marrakech et amoureuse du pays qui l’a vue naître. « Une grande chance » nous dit Ahmed Ghayat. « Quand ces deux dames sont devenues ministres, elles m’ont appelé et auprès d’elles j’ai enfin vu que les femmes étaient capables en politique. J’ai travaillé avec elles pendant cinq ans et leur force professionnelle m’a fortement impressionné. » Son titre officiel est alors celui de Conseiller de la Jeunesse issue de l’immigration, des Quartiers et du Sport. Est-il mondain ce jeune beur, conseiller des ministres ? Pas du tout, Ahmed adore faire la fête mais plutôt entre amis. Passer des petits fours de la jet-set au couscous du vendredi dans les quartiers populaires. « J’aime naviguer dans tous les milieux, il faudrait toujours plus de passerelles sociales entre les populations. » Sensible, ce grand angoissé qui ne l’avouerait que sous la torture, reste un idéaliste. 

Enfin, étonnant profil que le sien. Plutôt unique dans son genre, cet homme de terrain aime également lire et écrire. Et la musique, toute les musiques. Sa plus grande joie aujourd’hui ? Vivre au Maroc. « J’adore le Maroc. Peut-être parce que mon enfance en a été sevrée. Dans ma tête, je ne parviens pas à concevoir que je ne suis plus un ado. Il me faudra bien grandir un jour. Ses amis en doutent, eux qui lui conseillent en vain de couper au plus vite ses boucles brunes enfantines. Il nous confie : « Si j’ai eu envie de rentrer au Maroc, c’est grâce à l’avènement de Mohamed 6. Il a ouvert des chantiers et cela ne tient qu’à nous, société civile, de bouger les choses. C’est un peu comme si le Roi avait ouvert la route et nous disait : « Allez-y, bossez ! » Pour Ahmed Ghayat, il est inutile de le lui dire deux fois. 

V.M.A

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