La Khmissa un symbole de dialogue interculturel

La main de Fatima ou khamisa dérive du mot arabe « khamsa » qui veut dire « 5 », en référence aux cinq doigts de la main. Le symbole de la main protectrice est bien antérieur à l’islam et au judaïsme. Sous forme de dessins sur les pierres ou murs existant déjà chez les civilisations de la Méditerranée antique, notamment chez les Phéniciens et les Carthaginois, où la main était signe de protection et fécondité, liée à la déesse Tanit. Les Berbères, qui croyaient en son pouvoir protecteur, ont transmis cette croyance à leurs conquérants arabo-musulmans.
Au Maroc, la khmissa est considérée comme un symbole du dialogue interculturel. Son usage par les communautés juives et musulmanes témoigne d’une histoire commune et d’échanges culturels séculaires. Chez les musulmans, la khmissa est souvent appelée Main de Fatima, en référence à Fatima al-Zahra la fille du prophète Mohamed, c’est un symbole de protection contre le mauvais œil (l’ʿayn) ; la bénédiction (baraka) ; la paix ; la prospérité, souvent suspendue à l’entrée des maisons, portée en pendentif ou intégrée à des objets décoratifs c’est une prophylaxie réputée. Dans les communautés juives, la khmissa est souvent appelée Main de Myriam, est un symbole de: protection divine ;fertilité ;bonheur familial ;chance. Les artisans juifs marocains étaient réputés pour la fabrication de khmissa en argent finement ciselées, ornées d’étoiles; de poissons (symbole protecteur); de motifs floraux ; parfois de versets bibliques ou de bénédictions surtout dans les villes de Fès ; Marrakech ; Essaouira ; Safi ;Tétouan.
Contre le mauvais œil
La crainte du mauvais œil n’a pas disparu au sein de la société marocaine, au contraire, elle se maintient avec force au sein des représentations collectives des populations d’origine maghrébine. En général, cultivée par les mères de famille dans un espace domestique en partie protégé des influences de l’extérieur, elle est devenue même un code culturel destiné à être transmis. La dépression, les cauchemars répétés, l’amaigrissement soudain ou la succession d’événements malchanceux chez les enfants étant souvent interprétés par les mamans étant les signes du sortilège, la solution : la pratique à partir de la prime enfance et jusqu’à l’âge adulte des rituels conjuratoires traditionnels dont la portée d’une khmissa. De nos jours la main de Fatma est affichée partout, pendentif, bijou, dessin, c’est une partie indissociable de la culture méditerranéenne marocaine. La Khmissa ou Khamsa est un objet d’étude depuis des années et encore une énigmatique à explorer par les chercheurs en patrimoine, à la croisée de l’histoire, de l’anthropologie, de l’artisanat et des croyances populaires. Elle illustre la manière dont un même symbole a été partagé et réinterprété par différentes communautés tout en conservant sa fonction essentielle de protection et de bénédiction.
Faut-il encore s’interroger si : réduire le champ de la transmission dans la société marocaine aux seuls attributs basiques du système de référence, comme la religion, la langue, etc., revient à laisser hors du champ de l’analyse d’autres caractères de la culture comme la Khmissa qui, non seulement participent à la constitution de l’identité des enfants et des adultes, mais encore fondent la spécificité de l’être marocain même l’immigrant ?
Dr.HADDAJI Ibtissam

