Rachid Andaloussi: « Je suis un danseur de rock redoutable ! »

Rachid Andaloussi: « Je suis un danseur de rock redoutable ! »

Après le rendez-vous pris, et bien que nous ayons un quart d’avance, il ne nous fait pas attendre, pas même une minute. Élégance. Figure majeure de l’architecture contemporaine, ses activités se déclinent autour des grands projets aussi bien pour la sauvegarde du patrimoine, que pour la culture, où il a conçu le Grand théâtre de Casablanca, avec le célèbre architecte français Christian de Portzamparc. Rachid Andaloussi, passionné d’art contemporain, est aussi absolument moderne comme disaient les poètes. Quelques années plus tôt, il nous a longuement parlé de son univers personnel. Voici son interview intimiste.

Déclinez, s’il vous plait, votre date de naissance, votre âge et votre signe astrologique…

Né le 10 juillet 1956 et je suis du signe du cancer.

Un signe particulier ?

Je suis un signe d’eau, particulièrement carapacé et fortement cuirassé. 

Qu’avez-vous à protéger ?

Ma profondeur, ma vulnérabilité et ma timidité.

En somme, que des qualités…

Non, je cache aussi mes tabous, mes défauts et mes incohérences. Je n’ai pas de véritable recul envers moi-même. Ce qui me fait penser que je suis peut-être un être complexe. Comme tout le monde, d’ailleurs.

Vous êtes architecte, diplôme parisien et quelques années passées à Paris…

Oui, neuf ans, exactement. Cette période a représenté ce que j’appelle mon éveil intellectuel. Je suis rentré au Maroc avec une structure mentale forgée. 

Vous avez eu une expérience administrative peu de temps après votre retour. Vous êtes-vous adapté au pays ?

Ce fut difficile. J’ai dû réapprendre la mentalité méditerranéenne, essentiellement basée sur la démonstration émotionnelle. C’était pour moi un nouveau contexte, une autre philosophie. Je trouvais également qu’au travail, les gens manquaient d’énergie et de motivation. 

Vous aviez le jugement sévère ?

Oui, je ne comprenais pas tout. Puis, il est arrivé un vrai malheur. Mon mariage a capoté et j’ai alors subi d’énormes problèmes. Cette époque noire de mon existence m’a contraint à voir le monde autrement. Pendant quatre ans, ma vie est restée comme en stand-by. 

Comment vous en êtes-vous sorti ?

Par la peinture. Je fais partie de ces gens qui peuvent dire que l’art les a, en quelque sorte, sauvés. J’ai toujours été collectionneur et à Paris, je naviguais essentiellement dans le milieu artistique. J’aime profondément le monde des arts. C’est ce goût pour la culture qui m’a permis de ne pas plonger.

Vous étiez alors très actif dans la vie associative ?

J’étais Président de Casa mémoire. Pour la sauvegarde du patrimoine de la ville.

Casa n’est pas aimée de ses habitants ?

C’est une ville très européenne où le traumatisme a perduré entre la ville, l’Histoire et les citoyens. C’est d’ailleurs la raison de la saleté de Casa sur certains sites. La tentation de revenir au passé ? Peut-être. Continuer à établir de nouvelles bases est une nécessité, mais, faire table rase n’est pas souhaitable. Conservons les choses du passé qui sont encore solides et continuons à aller de l’avant.  

Revenons à vous. Vous avez subi de grandes doses de stress. Vous fumiez pour décompresser ?

Le soir, une ou deux cigarettes, ça dépendait. Je n’étais pas accro. De plus, je ne prends pas de petits déjeuner. Je n’ai donc pas le réflexe café-cigarette. Ni régime, ni sport. 

En sommes, vous vous laissez mourir…

Non, le fait de refuser la maladie me guérit ! 

Théorie hasardeuse…

Elle marche sur moi. Jusqu’à mes enfants que je n’emmène pas moi-même chez le médecin. Je ne porte pas une grande attention à ma santé. Bon, j’ai bien quelques amis médecins et c’est eux qui s’inquiètent et viennent chez moi pour me doper. J’ai également horreur de la vue du sang, comme un mouton que l’on égorge. À part quelques petites phobies, je suis un très bon vivant !

Par exemple ?

J’aime le bon vin, le très bon. Parfois, mes amis m’envoient un grand cru bordelais et je suis capable d’organiser illico une fête avec quelques intimes autour de cette bouteille rare. J’aime également sortir, rencontrer des gens et la compagnie des femmes. 

Qu’est ce qui les fait craquer ?

Je suis un danseur de rock redoutable. Avec un talent pareil, plus besoin de se mettre en frais pour séduire (rires). D’ailleurs, j’en serais bien incapable. Les longues déclarations me paralysent. Je ne suis pas prolixe.

Vous avez l’air extrêmement gentil…

Je peux également être dur, têtu, et même amer. Très réceptif aux autres, je calque inconsciemment mon comportement sur celui de mon interlocuteur. En clair, lorsqu’on est gentil avec moi, je serais charmant, si l’on est méchant, je deviens une vraie teigne. Je marche à l’intuition et je sais encaisser les mauvais coups. Sinon, je suis sensible à la structure familiale. Je tente toujours de protéger la cellule, par fidélité, par goût du bonheur. 

Vous semblez plutôt conciliant et compréhensif. Supportez-vous les forts caractères, les personnalités caractérielles ?

Je les supporte fort bien et j’aime m’entourer de personnalités fortes. Les vrais fous, non, ce n’est pas mon truc, mais les caractères originaux, positifs, qui avancent sans regarder en arrière me séduisent particulièrement. Je suis un vrai démocrate, dépourvu d’esprit totalitaire. 

Fait pour la politique ?

J’ai beaucoup milité dans ma vie. J’étais communiste. Je le suis resté pour les choses qui continuent à me faire rêver. Mais, non, je ne suis pas un politique. Je préfère qu’on dise de moi que je suis un homme des arts. 

Qui porte le costume ?

Je n’ai jamais porté de cravates de ma vie. Driss Benhima me l’a un jour demandé très gentiment. Je n’avais jusqu’à lors jamais quitter mon jean. Une belle paire de chaussures et une belle montre, c’est mon idée de l’élégance. Mais la cravate, j’ai accepté sans regret.

Un homme sensible…

Oui, je suis très émotif et je pleure facilement. Rassurez-vous, je n’éclate pas en sanglots toutes les minutes ! Je sais me tenir… 

V.M.A

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