Jean Hayet « Le bridge est un sport violent, un sport de combat ! »

Cela fait un demi-siècle que ce biarrot d’origine a craqué pour le Maroc. Sous son air sympathique et débonnaire, Jean Hayet est un redoutable joueur de bridge, devenu un fleuron national dans son pays d’adoption. Champion du Maroc, il a remporté plusieurs grands tournois avec l’équipe marocaine. Vainqueur à Biarritz à deux reprises du plus grand Patton d’Europe en 4, il a également représenté le Maroc à Marrakech au 46e championnat du monde de bridge et obtenu la médaille d’or avec son binôme Abdellah El Ghrari en 2023. Nous l’avons rencontré.
Quand vous êtes-vous installé à Casablanca ?
C’était en 1984. Après un tour du monde, j’ai eu envie de poser mes valises ici. J’ai aimé le climat, le pays.
C’est quoi exactement comme métier, joueur de bridge ?
J’ai commencé le bridge à dix-huit ans. En fait, j’ai arrêté mes études de pharmacie en troisième année pour jouer au bridge. Au Maroc, j’ai fait partie de l’équipe marocaine pour les Olympiades de bridge à Venise et à Rhodes.
Vous aviez obtenu quel classement ?
Nous nous sommes retrouvés en milieu de classement sur soixante pays représentés. Autour de la trentième place, donc.
Le Maroc est-il un pays bridgeur ?
Non, très peu. Nous n’avons pas les structures suffisantes. En France, par exemple, il y a plus de 100 000 licenciés. À la fédération marocaine, nous ne sommes pas très nombreux, mais nous nous sommes accrochés. Si le niveau général est pour le moment moins bon qu’en Europe, la vérité est que les Marocains sont doués pour le bridge. Comme pour les échecs.
C’est un sport très snob ?
Oui, mais plus vous « montez » vers les pays du Nord, plus le bridge est démocratisé.
Logiquement, les Marocains joueurs sont donc tous des nababs ?
La moyenne d’âge est plus élevée. Au Maroc, on se met au bridge à la quarantaine, alors qu’en Europe, les joueurs ont désormais vingt ans. Ils apprennent vite et deviennent redoutables.
On dit que c’est un jeu intelligent…
C’est vrai. Il requiert des qualités de mémorisation, d’analyse, de réflexes et de maîtrise de ses nerfs.
C’est un jeu comparable aux échecs ?
Tout à fait. Le bridge est néanmoins plus sociable que les échecs et les paramètres du jeu sont encore plus complexes. L’ordinateur peut battre les meilleurs joueurs d’échec. Au bridge, c’est impensable.
Pour vous, c’est un métier ou une passion ?
Je vis d’une passion.
Le personnage du joueur est toujours une image mythique. Comment vivez-vous cette passion ?
Comme un sportif de haut niveau. J’ai le sentiment que le bridge est un sport très violent, quasi un sport de combat. Sauf que les muscles ne sont pas sollicités.
V.M.A

