Didier Gomez, star internationale du design « Essaouira n’est pas une ville bourgeoise. Je la préfère infiniment à Marrakech. »

Né en Espagne, l’architecte d’intérieur et designer parisien a développé une recherche créative que ses origines sudistes ont fortement sensibilisé aux mélanges multiculturels. Sollicité pour Yves Saint Laurent, Jean-Paul Gaultier, Cartier, etc. l’artiste est aussi le créateur du mobilier de la fameuse La Ligne Roset. Avec des projets aussi prestigieux qu’atypiques tels que la direction artistique du Carrousel du Louvre à Paris, il règne toujours sur le monde du design d’intérieur. Sa relation avec le Maroc est profonde. Elle repose sur des réalisations de très haut standing. L’une de ses œuvres, réalisée avec la collaboration de l’architecte Karim Chakor, fut vouée à la décoration intérieure du somptueux palace 5 étoiles : Le Sofitel Rabat Jardin des Roses. Le Maroc est toujours son pays de cœur. Nous l’avions rencontré lors d’une pause à Casablanca.
Vous avez créé les intérieurs de villas de stars américaines comme Julia Roberts et Harrison Ford. So what ?
Les vedettes américaines sont très capricieuses. Sur le plan humain, les rapports sont un peu décevants. La poésie européenne est plus intéressante. Pourtant, il est plus créatif de travailler aux États-Unis, les références historiques y sont moins étouffantes qu’en Europe.

D’où vous vient ce beau bronzage ?
C’est un bronzage brésilien, je rentre de Rio…
Il paraît que le Brésil est très dangereux. Vous n’avez pas eu peur ?
Non, non, Rio, c’était sublime.
Votre dossier de presse prétend que vous êtes né en Andalousie…
Eh non, je suis né à Madrid et j’ai suivi mes études en France. J’ai néanmoins des liens très forts avec le Sud espagnol. J’adore cette culture, passionnément. D’ailleurs le Maroc est assez proche, on parle bien de culture arabo-andalouse.
Qu’avez-vous gardé de l’enfance ?
Une certaine fraîcheur. Toujours prêt à faire des conneries, à ne pas être raisonnable. L’expérience ne m’a jamais servi à rien. C’est comme un mépris des lois de la répétition et de la souffrance. Je me prends un gadin de plus ? Et alors. Tant pis. Dans ma vie, tout est toujours la première fois.
Je n’arrive pas à comprendre que vous ayez suivi des études de gestion…
Mais qui vous a dit ça ? je n’ai jamais appris la gestion, grand Dieu… Moi, c’était la musique et rien d’autre. J’ai été formé au piano et au chant au Conservatoire. Je suis un fou de musique. Pour moi, c’est vital ! Plus qu’une passion, j’ai tendance à penser « musique ». Jusqu’à l’architecture, qui pour moi se bâtit sur des structures musicales.
Cette drôle de phrase du philosophe Nietzsche qui dit d’une œuvre artistique qu’elle est « plus musicale que plastique. » Qu’est-ce que cela veut dire, à votre avis ?
Pour moi c’est la définition même de l’émotion artistique. À savoir un mouvement lent, suivi d’un autre très rapide, toute cette non-linéarité qui donne la vie. Dans un art musical, on est au centre du vivant, en pleines vibrations. C’est la lumière et puis l’ombre…
Votre opéra préféré ?
Tout Mozart. Mais aussi le R’n’B et la folle musique brésilienne…
Et le flamenco ?
J’en suis fou. Les codes du rythme, tout ça, le flamenco est énormément codé. Ça me plait.
Entre les codes et la liberté, où vous situez-vous ?
Je joue le jeu de la liberté dans le code. C’est cela qui est passionnant.
Vous n’avez rien de l’artiste maudit.
Non, je n’ai aucun goût pour le malheur. Mais, j’ai aussi mes côtés sombres. Ces facettes espagnoles de mon caractère : le sens du drame, le réflexe de la violence. J’ai heureusement perdu ces côtés ténébreux grâce à Paris qui m’a appris la légèreté. C’est plus reposant. Mais je suis un être affectif, la communication avec les autres est pour moi une passion et le rapport affectif est un extraordinaire mode de communication.
Que vous inspire le Maroc ?
Des mouvements de cœur, une grande poésie. Tout me touche ici. Je suis né en Espagne, et des liens spéciaux se nouent pour moi, ici. Je ne me sens pas bêtement touriste. Pas comme ailleurs, dans des pays merveilleux comme le Brésil, où pourtant, je me sens étranger. J’ai découvert Essaouira et j’y ai acheté une maison. Je monte à cheval. J’adore les chevaux. Essaouira n’est pas une ville bourgeoise. Je la préfère infiniment à Marrakech.
Quels sont vos potes préférés ?
Les gens non conventionnels. Tous ceux, qui malgré l’argent, ne tombent pas dans les cadres bourgeois. Je n’y peux rien. Je m’attache comme un fou aux êtres indéfendables. L’amitié est le cœur de ma vie.
Vous êtes un homme riche. Aimez-vous l’argent ?
Le dépenser, certainement. Partir du jour au lendemain à Séville… Par contre, je ne sais pas gérer des comptes et des placements financiers. Je ne sais pas faire.
Vous ne fumez pas. Quels sont donc vos vices ?
La cigarette est le seul que je n’ai pas. Je considère l’existence comme une vaste plaisanterie. Un jeu magnifique, auquel il serait de meilleur goût d’ôter toutes les aspérités dramatiques.
Propos recueillis par V.M.A

